Les récents événements au Mali révèlent une tendance inquiétante : la restriction progressive de la liberté de la presse et la personnalisation croissante du pouvoir. Depuis les attaques jihadistes et indépendantistes du 25 avril 2026, plusieurs médias francophones, dont des chaînes internationales, ont vu leurs diffusions suspendues sous prétexte de « désinformation ». Une mesure qui s’inscrit dans un mouvement plus large affectant également le Niger et le Burkina Faso, où les juntes au pouvoir musèlent les voix critiques.
une censure généralisée contre les médias francophones
Au Mali, la suspension de la diffusion de RFI et d’autres médias francophones marque un tournant dans la gestion de l’information. Ces restrictions, justifiées par des accusations de « désinformation », s’accompagnent d’une surveillance accrue des journalistes. Ousmane Diallo, chercheur pour Amnesty International en Afrique de l’Ouest, qualifie le Sahel de « goulag de l’information ». Selon lui, les professionnels des médias subissent menaces et intimidations, tandis que les citoyens sont progressivement « zombifiés », privés d’accès à une information pluraliste.
Cette stratégie n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une logique plus large de contrôle des narratifs par les autorités maliennes, qui cherchent à imposer leur propre version des événements. Une approche qui rappelle les méthodes employées par d’autres régimes autoritaires, notamment en Russie, où la propagande joue un rôle central dans la consolidation du pouvoir.
le soutien à la Russie au cœur du débat
À Bamako, la relation avec Moscou est devenue un pilier du discours officiel. Le pouvoir malien présente la Russie comme un allié inconditionnel, exempt de toute critique. Pourtant, toute contestation de cette alliance est rapidement réprimée. L’affaire d’Ibrahima Tamega, militant pro-démocratie arrêté fin mai pour des graffitis hostiles à Moscou, illustre cette intolérance. Son interpellation, suivie d’une détention au commissariat de Bamako, envoie un message clair : toute remise en question de l’axe Bamako-Moscou est inacceptable.
Dans un contexte où l’opposition et les activistes évoluent sous haute pression, un simple graffiti peut être perçu comme un acte de rébellion. La réponse policière n’est alors pas seulement une sanction, mais une démonstration de force destinée à dissuader toute velléité de contestation.
la concentration du pouvoir : une menace pour la stabilité
Le général Assimi Goïta incarne une autre dérive majeure : la personnalisation du pouvoir. Depuis qu’il cumule les fonctions de chef de l’État et de ministre de la Défense, le pouvoir s’est concentré entre ses mains. Salah Ben Hammou, de Rice University, et Hiba Naciri, de l’Université de Montréal, soulignent les dangers de cette concentration : la prise de décision repose désormais sur la loyauté envers le dirigeant plutôt que sur l’intérêt général ou celui de l’armée.
Cette logique affaiblit les institutions et fragilise la coordination des forces armées. Plutôt que d’améliorer l’efficacité opérationnelle, les restructurations semblent motivées par la volonté de protéger le pouvoir en place. Sur le terrain, cette approche pourrait s’avérer désastreuse face à la menace jihadiste, où une réponse coordonnée et stratégique est essentielle.
Le Mali est aujourd’hui à la croisée des chemins. Entre restrictions médiatiques, alliance controversée avec la Russie et concentration du pouvoir, le pays risque de s’enfermer dans un cycle de répression et d’instabilité. Une évolution qui rappelle tristement les périodes les plus sombres de l’histoire africaine, où la liberté d’expression était systématiquement sacrifiée au nom de la stabilité autoritaire.
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