21 juillet 2026

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Mayo-tsanaga : le calvaire silencieux des populations face à boko haram

mayo-tsanaga : le calvaire silencieux des populations face à boko haram

une région Cameroun en proie à la terreur

Plus de cinquante localités abandonnées, des milliers d’exilés forcés et l’indifférence d’un État impuissant

L’ombre de Boko Haram, groupe armé originaire du Nigeria, s’étend désormais bien au-delà des frontières de son berceau. Depuis 2014, le département du Mayo-Tsanaga, situé dans l’extrême-nord du Cameroun, subit les assauts répétés de cette secte islamiste. Tout a commencé par les premiers raids sur le mont Gossi, à proximité de l’arrondissement de Mokolo. Treize ans plus tard, la situation n’a fait qu’empirer : villages incendiés, populations massacrées, économie locale anéantie.

Les attaques de Boko Haram se multiplient. Les combattants ciblent systématiquement les infrastructures essentielles : champs agricoles, marchés, mosquées, postes de sécurité, écoles et centres médicaux. Résultat : des villages entiers se vident, leurs habitants fuyant vers des zones plus sûres ou se réfugiant dans des grottes montagneuses. La nuit, les hommes abandonnent leurs foyers pour échapper aux rafles. Au petit jour, ils reviennent tenter de sauver ce qui reste de leurs biens.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les dernières estimations, plus de cinquante villages du Mayo-Tsanaga ont été totalement ou partiellement désertés. Parmi eux, Gossi, Tourou, Vizik, Ldamang ou encore Koza figurent parmi les localités les plus touchées. En mai 2022, lors des Rencontres fraternelles du Mayo-Tsanaga, le cinquième adjoint au maire de Mokolo avait dressé un bilan alarmant : dix villages abandonnés, deux occupés par les terroristes et sept régulièrement attaqués.

l’exode massif et ses conséquences dramatiques

L’intensification des violences a provoqué un exode sans précédent. Plus de neuf mille personnes ont été contraintes de quitter leurs foyers, un chiffre qui ne cesse de croître. En juin 2026, l’Organisation internationale pour les migrations a recensé 482 nouveaux déplacés, soit soixante-dix-huit ménages, originaires des arrondissements de Mokolo, Koza et Mayo-Moskota. La crise dépasse les limites du département : des familles venues de Mokolo ont trouvé refuge à Kalfou, à plus de 210 kilomètres de distance, illustrant l’ampleur de la tragédie.

Les familles en fuite abandonnent tout derrière elles : leurs terres, leurs récoltes, leurs documents d’identité – souvent réduits en cendres avec leurs habitations. Mais le pire reste la dispersion des familles. Dans l’urgence des attaques, parents et enfants se séparent parfois irrémédiablement. Les plus vulnérables, comme les jeunes filles et les adolescents, se retrouvent livrés à eux-mêmes, privés de protection, d’éducation et de perspectives d’avenir. Certains abandonnent l’école, tandis que d’autres sombrent dans la délinquance ou les mariages précoces.

un État absent et des élites complaisantes

Face à cette crise humanitaire, la réponse de l’État camerounais semble dérisoire. Malgré la présence de militaires en effectifs réduits (parfois seulement deux soldats pour couvrir une zone entière), les attaques se poursuivent. Les populations, souvent livrées à elles-mêmes, tentent de se protéger avec des moyens dérisoires : machettes, bâtons, et surtout, la peur au ventre. Les comités de vigilance locaux, composés de civils, sont en première ligne face à des assaillants lourdement armés.

Le silence des élites locales et nationales est assourdissant. Malgré les promesses électorales et les visites officielles ponctuelles, rien ne change. Les ministres se succèdent dans la région, multiplient les discours et les Rencontres fraternelles, mais les villages continuent de brûler. Les habitants de Tourou résument leur désespoir : « Nous sommes abandonnés à notre sort. Est-ce parce que nous vivons loin de Yaoundé que nos vies comptent moins ? »

L’agriculture, pilier de l’économie locale, s’effondre. Les écoles ferment leurs portes. Les marchés se meurent. Si la situation persiste, le Mayo-Tsanaga risque une dépopulation irréversible. La question se pose avec urgence : combien de villages devront encore être rayés de la carte avant que cette crise ne devienne une priorité nationale ?