2 juin 2026

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Mali : Étienne Fabaka Sissoko défend une paix sans alliance avec les groupes armés

Mali : Étienne Fabaka Sissoko défend une paix sans alliance avec les groupes armés

Le Mali traverse une crise multidimensionnelle où la question du dialogue avec les mouvements armés divise. Dans un entretien exclusif, Étienne Fabaka Sissoko, porte-parole de la Coalition des Forces pour la République (CFR), expose une vision ambitieuse pour sortir de l’impasse. Son message est clair : « Dialoguer n’est pas s’allier ». Une nuance essentielle pour comprendre sa position face à la complexité du conflit.

La situation sécuritaire reste sous haute tension, notamment à Bamako, où les populations subissent les conséquences d’un blocus à l’impact dévastateur. Pour Sissoko, cette stratégie n’est pas une solution viable : « Affamer les Maliens pour répondre à une crise ne peut être considéré comme une performance. Le blocus ne fait qu’aggraver la souffrance et fragiliser les approvisionnements essentiels. »

Face à l’échec d’une réponse purement militaire, la CFR plaide pour une approche politique centrée sur la protection des civils et la reconstruction des corridors logistiques. Une perspective qui rejoint l’attente grandissante d’une sortie durable du conflit.

La CFR, une alternative crédible pour la paix au Mali ?

Créée en décembre 2025, la Coalition des Forces pour la République se positionne comme une plateforme de sauvegarde nationale, répondant à une demande pressante de paix et de stabilité. Contrairement aux partis traditionnels, la CFR mise sur une approche inclusive et responsable, cherchant à offrir une troisième voie entre l’enlisement militaire et la continuation d’un pouvoir sans légitimité.

Sissoko insiste sur l’accueil reçu par le mouvement : « Les Maliens veulent la paix. Ils recherchent une voix structurée, capable de porter leurs aspirations tout en évitant les pièges d’un système politique défaillant. »

Dialoguer sans s’allier : les principes de la CFR face au JNIM

La question d’un éventuel dialogue avec le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM) est au cœur des débats. Pour la CFR, il est crucial de distinguer dialogue et alliance. Sissoko précise : « Dialoguer ne signifie ni coordonner des actions, ni légitimer des groupes armés. »

Plusieurs points sont non négociables pour la CFR :

  • L’unité du Mali : Aucune concession ne sera faite sur l’intégrité territoriale.
  • Un État républicain : Le maintien des institutions démocratiques et de la Constitution est primordial.
  • La protection des civils : L’arrêt des attaques contre les populations est une priorité absolue.
  • La rupture avec les agendas transnationaux : Le JNIM, affilié à Al-Qaïda, ne peut prétendre à une légitimité dans un processus de paix malien.

Concernant les intentions d’Iyad Ag Ghali, Sissoko adopte une position pragmatique : « Les actes comptent plus que les déclarations. Si le JNIM souhaite s’inscrire dans un processus de paix, il devra prouver sa rupture avec le djihad transnational par des actions concrètes : arrêt des violences, protection des civils, et acceptation des principes républicains. »

Une transition civile pour restaurer l’État malien

En cas d’effondrement du régime actuel, la CFR a envisagé un scénario de transition civile de sauvegarde nationale. Ce processus aurait pour objectifs :

  • Rétablir les libertés publiques et les droits fondamentaux.
  • Sécuriser les populations et les territoires.
  • Organiser un dialogue national inclusif.
  • Élaborer une nouvelle Constitution.
  • Préparer des élections libres.

« La présidentielle ne doit pas être le point de départ, mais l’aboutissement d’un processus démocratique. Sans sécurité ni consensus, les mêmes erreurs se répéteront. » souligne Sissoko.

L’imam Mahmoud Dicko, une autorité morale pour apaiser les tensions

L’imam Mahmoud Dicko pourrait jouer un rôle clé dans une éventuelle transition. Cependant, Sissoko insiste : son influence doit rester celle d’une autorité morale, et non d’un chef politique. « Son rôle serait d’apaiser les tensions et de faciliter le dialogue, mais les responsabilités exécutives doivent revenir à des institutions civiles légitimes. »

Décentralisation et gouvernance : repenser l’organisation du Mali

La question de la décentralisation est souvent réduite à tort à un débat sur la charia. Pour la CFR, le véritable enjeu est la gouvernance locale. Dans de nombreuses zones, l’État est absent, laissant place à des médiations coutumières ou religieuses. La CFR propose une République malienne unitaire, mais plus régionalisée, où les collectivités disposeraient de plus de responsabilités et de ressources.

Sissoko explique : « Le Mali est un pays vaste. Concentrer tout à Bamako est inefficace. L’État doit garantir l’unité nationale, tandis que les territoires doivent avoir les moyens de gérer leurs propres défis. »

Un programme de transition axé sur l’État utile

La CFR a élaboré un programme politique structuré pour la transition. Ses priorités incluent :

  • L’éducation : Réouverture des écoles et soutien aux enseignants.
  • La justice : Renforcement de l’indépendance de la magistrature et accès aux recours pour tous.
  • La sécurité : Amélioration des forces de sécurité et sécurisation des corridors économiques.
  • Le développement économique : Relance des activités et accès aux services de base (énergie, alimentation).

Pour Sissoko, « Restaurer l’État utile, c’est d’abord permettre aux Maliens de vivre dignement. Sans éducation, sans justice, sans sécurité, aucune reconstruction n’est possible. »

L’Alliance des Démocrates du Sahel : une convergence pour la démocratie

L’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS) rassemble des citoyens maliens, burkinabè et nigériens partageant un même constat : la crise du Sahel est aussi une crise des institutions et de la démocratie. Cette alliance n’est ni militaire ni politique, mais vise à coordonner des actions de plaidoyer pour la défense des libertés publiques et la solidarité entre démocrates sahéliens.

Sissoko conclut : « La CFR ne propose ni partition, ni théocratie, ni retour à l’ancien système. Elle défend une transition civile, un dialogue national encadré, et le retour du pouvoir au peuple. Le Mali ne sera pas sauvé par un homme fort, mais par un pacte national fort. »