14 mai 2026

Mali : crise des droits humains en 2025, entre répression et insécurité

Mali : une année 2025 marquée par une détérioration alarmante des droits humains

En 2025, le Mali fait face à une crise profonde des droits humains, avec une restriction systématique des libertés fondamentales. Les autorités maliennes ont intensifié la répression contre les opposants politiques, les défenseurs des droits humains et les membres de la société civile. Parallèlement, des groupes armés et des forces alliées au gouvernement ont multiplié les exactions, plongeant la population dans un climat de terreur.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 2 036 écoles fermées en raison de l’insécurité, privant des centaines de milliers d’enfants de leur droit à l’éducation. Les attaques ciblent aussi bien les civils que les infrastructures essentielles, aggravant une crise humanitaire déjà critique.

Contexte politique et sécuritaire : une transition prolongée et des alliances controversées

La situation au Mali en 2025 s’inscrit dans un contexte politique et sécuritaire volatile. Après l’échec des précédents efforts de paix, les autorités ont adopté en février la Charte nationale pour la paix et la réconciliation, un texte censé apaiser les tensions. Pourtant, cette initiative n’a pas suffi à rétablir la confiance, notamment en raison de la prolongation de cinq ans de la transition politique, décidée en avril.

Sur le plan sécuritaire, le groupe Wagner, autrefois présent, a été remplacé par l’Africa Corps, une organisation placée sous l’autorité du ministère russe de la Défense. Ce changement s’inscrit dans le cadre d’un partenariat sécuritaire renforcé avec le Mali. Par ailleurs, en août, les autorités ont déjoué une tentative de coup d’État, arrêtant plusieurs officiers militaires et un diplomate français, accusé d’appartenir aux services de renseignement de son pays.

Enfin, en septembre, le Mali a annoncé son retrait de la Cour pénale internationale (CPI), une décision qui suscite de vives inquiétudes quant à l’impunité des crimes commis.

Liberté d’expression, d’association et de réunion : une répression systématique

La dissolution de tous les partis politiques par les autorités maliennes en 2025 illustre l’ampleur de la répression. Cette mesure a déclenché des manifestations massives dans la capitale, Bamako, rapidement réprimées dans le sang par les forces de sécurité. Ces événements ont mis en lumière la restriction systématique des libertés fondamentales, un phénomène qui s’étend bien au-delà des cercles politiques.

Les défenseurs des droits humains, les journalistes et les militants sont régulièrement ciblés, victimes d’arrestations arbitraires, de détentions prolongées ou de disparitions forcées. Cette stratégie vise à museler toute voix dissidente et à étouffer les revendications démocratiques.

Disparitions forcées et arrestations arbitraires : des pratiques généralisées

Les disparitions forcées se multiplient au Mali. Parmi les cas les plus médiatisés :

  • Alou Badra Sacko, coordonnateur de l’Appel du 20 février et président du mouvement Touche pas à mon argent, a été enlevé le 14 mars à Bamako par des hommes armés. Libéré le 24 mai après deux mois de détention secrète, il avait auparavant dénoncé les taxes sur les transactions mobiles.
  • El Bachir Thiam, dirigeant du parti Yelema, a été enlevé le 8 mai avant d’être libéré le 26 septembre. Il s’était opposé à la dissolution des partis politiques et à la prolongation de la transition.
  • Alhassane Abba, secrétaire général du parti Convergence pour le développement du Mali, a été enlevé le 8 mai puis libéré le 5 juin sans avoir été présenté à un juge.

Les arrestations arbitraires ne sont pas en reste. En mars, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a appelé à la libération de militants comme Moulaye Baba Haïdara, Mahamoud Mohamed Mangane et Amadou Togola, détenus depuis 2023 et accusés d’atteinte à la sûreté de l’État.

L’ancien Premier ministre Moussa Mara a été arrêté en août pour avoir publiquement soutenu les droits des détenus politiques. Condamné à un an de prison pour atteinte au crédit de l’État, il incarne la répression judiciaire ciblant les figures opposées au pouvoir.

Le militant anticorruption Clément Dembele, toujours détenu malgré un jugement ordonné en avril pour abandon des charges, reste une victime emblématique de cette politique répressive.

Exactions des groupes armés : une violence endémique

Les groupes armés, notamment l’État islamique au Sahel (EIS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), ont intensifié leurs attaques contre les civils. Voici quelques exemples marquants :

  • En février, une attaque de l’EIS contre un convoi civil près de Gao a fait 34 morts.
  • En mai, Sidi Barka, un dirigeant de la société civile, a été enlevé à Ménaka par l’EIS. Son corps a été retrouvé en août.
  • En mai également, Ousmane Kampo, maire de Konna, a été enlevé par le GSIM avant d’être libéré en octobre.
  • En août, des membres de la katiba du Macina ont attaqué Farabougou, causant des morts parmi les civils et déclenchant un exode massif.
  • En novembre, Mariam Cissé, une figure des réseaux sociaux, a été enlevée, transportée à Tonka et exécutée publiquement.

Violations du droit international humanitaire : une impunité généralisée

Les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs alliés, y compris les anciens mercenaires de Wagner, ont commis des violations graves du droit international humanitaire. Ces actes incluent des tortures, des exécutions extrajudiciaires et des disparitions.

En mars, une frappe de drone des FAMa a tué 10 civils à Ejdeïr, un jour de marché. En avril, une centaine d’hommes, majoritairement issus de la communauté peule, ont été arrêtés lors d’un raid sur le marché de Sebabougou. Soixante d’entre eux ont été emmenés au camp de Kwala, où ils ont subi des tortures avant d’être exécutés sommairement. Leurs corps ont été retrouvés une semaine plus tard près du camp.

En mai, des militaires et des miliciens dozos ont arrêté entre 23 et 27 hommes lors du marché de Diafarabé. Aveuglés, ligotés et transportés en pirogue, ils ont été exécutés et enterrés dans des fosses communes. Malgré les promesses d’enquête, aucune information n’a été rendue publique.

Droit à l’éducation : une génération sacrifiée

La crise éducative au Mali atteint des proportions dramatiques en 2025. Avec 2 036 écoles fermées, le pays compte désormais 618 000 enfants privés d’éducation, contre 1 984 écoles et 590 000 enfants en 2024. La région de Kidal est la plus touchée, avec 63 % d’enfants déscolarisés.

Ces fermetures s’expliquent par l’insécurité croissante, les blocus imposés par les groupes armés et l’exode des populations. Le GSIM, par exemple, a instauré des restrictions drastiques sur l’acheminement des carburants en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, aggravant encore la crise humanitaire.