TOPSHOT - A column of black smoke rises above buildings as traffic passes the Africa Tower monument in Bamako on April 26, 2026. April 25, 2026's shock attacks, synchronised by Tuareg rebels of the Azawad Liberation Front (FLA) coalition and the jihadist Group for the Support of Islam and Muslims (JNIM), targeted several areas in the vast arid country. Fighting resumed on April 26 in several areas, including Kita near Bamako, Kidal, Gao and Severe. Tuareg rebels meanwhile announced an agreement allowing Russian forces backing Mali's army to withdraw from the northern city of Kidal, which they claimed was "totally" under their control. (Photo by AFP via Getty Images)

Le 25 avril, avant l’aube, la ville de Kati, située à seulement 15 kilomètres de Bamako, a été secouée par des explosions et des tirs nourris. Cette attaque coordonnée, revendiquée conjointement par le groupe djihadiste JNIM (Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin) et les séparatistes touaregs du FLA (Front de Libération de l’Azawad), a marqué le début d’une offensive d’envergure nationale. Le lendemain, la junte au pouvoir a confirmé le décès du ministre de la Défense, Sadio Camara, des suites de ses blessures. Des rumeurs circulent également sur le sort du chef du renseignement, Modibo Koné, qui aurait été tué ou gravement blessé.
Malgré les déclarations officielles affirmant que la situation était sous contrôle, la réalité du terrain dépeint un tableau bien plus sombre. Ces événements constituent le défi le plus sérieux pour Assimi Goïta depuis son arrivée au pouvoir en 2020. Le pays subit déjà un blocus étouffant imposé par le JNIM, paralysant les importations de nourriture et de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, entraînant la fermeture d’écoles et une crise énergétique majeure.
Une alliance tactique entre djihadistes et séparatistes
Cette coopération entre le JNIM et le FLA rappelle les événements de 2012, lorsqu’une coalition similaire avait mis en déroute l’armée malienne dans le nord. À l’époque, des combattants touaregs revenus de Libye après la chute de Mouammar Kadhafi s’étaient alliés à al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI). Bien que leurs objectifs finaux divergent — un émirat islamique pour les uns, l’autodétermination de l’Azawad pour les autres — leur alliance actuelle vise à démontrer l’incapacité de l’État malien à protéger ses propres symboles d’autorité.
Pour le JNIM, cette stratégie d’usure cherche à épuiser les ressources et la volonté de la junte jusqu’à l’effondrement interne du régime. La disparition de Sadio Camara, principal architecte du rapprochement avec Moscou, laisse un vide immense dans l’architecture sécuritaire du Mali.
L’échec du modèle sécuritaire russe
Le déploiement du groupe Wagner fin 2021, suivi de sa mutation en Africa Corps sous le contrôle direct du ministère russe de la Défense, n’a pas apporté la stabilité promise. Contrairement à Wagner, qui se présentait comme une force de combat de première ligne, Africa Corps semble se limiter à des missions de formation et de conseil, tout en étant contraint par les besoins en effectifs de la guerre en Ukraine.
L’exemple de Kidal est frappant : après avoir repris la ville en novembre 2023, les forces maliennes et leurs partenaires russes ont récemment accepté un retrait escorté, abandonnant ce gain symbolique sans combattre. Ce revers discrédite l’argumentaire des juntes de l’AES (Alliance des États du Sahel — Mali, Burkina Faso, Niger) qui affirmaient que la rupture avec les partenaires occidentaux garantirait une meilleure sécurité.
Instabilité politique et pressions internes
Le pouvoir d’Assimi Goïta semble de plus en plus précaire. Après avoir dissous les partis politiques et prolongé son mandat jusqu’en 2030, la junte doit faire face à une grogne croissante au sein de l’armée. Une tentative de coup d’État déjouée en août dernier avait déjà révélé des fractures internes. L’échec du renseignement lors des dernières attaques pourrait accentuer les dissensions entre les officiers supérieurs et les subalternes, augmentant le risque d’un putsch de palais.
Le retour paradoxal de l’influence américaine
Alors que le Mali était autrefois le centre des efforts antiterroristes des États-Unis dans le Sahel, les coups d’État successifs avaient entraîné la suspension de l’aide étrangère. Cependant, l’administration Trump semble envisager un changement de posture. La levée récente de sanctions contre certains officiels maliens et des discussions sur le partage de renseignements suggèrent une possible reprise de la coopération.
Washington pourrait proposer un accord « sécurité contre minéraux », similaire à celui conclu avec la République démocratique du Congo (RDC), offrant un soutien technologique et militaire en échange d’un accès privilégié au lithium et à l’or. Ce contexte offre aux États-Unis un levier inattendu, alors que le partenaire russe du Mali est publiquement mis en difficulté.
Un signal pour les pays voisins
Les difficultés du Mali sont observées de près par le Burkina Faso et le Niger, mais aussi par d’autres nations tentées par le modèle russe, comme la République centrafricaine ou Madagascar. L’incapacité de Moscou à protéger ses alliés, déjà illustrée en Syrie ou au Venezuela, soulève des questions cruciales sur la valeur réelle des garanties de sécurité russes face à des menaces insurgées persistantes et sophistiquées.
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