6 juillet 2026

Afrique Horizon

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L’essor du eFootball au Sénégal : entre passion et professionnalisation

Au Sénégal, nation où le football est roi, une nouvelle arène de compétition s’est imposée : le eFootball. Des joueurs dévoués consacrent des heures quotidiennes à l’entraînement sur leurs téléphones. Ce jeu mobile, édité par le studio japonais Konami, a conquis l’Afrique de l’Ouest, surpassant même la popularité des versions sur console grâce à son accessibilité. À Dakar, des équipes structurées aspirent à la professionnalisation et aux sacres, avec des talents locaux se préparant activement pour les qualifications de la Coupe du monde eFootball.

Ibzo en train d'entraîner les joueurs de l'équipe du Sénégal sur le jeu mobile eFootball à Dakar, en juin 2026

À Dakar, l’atmosphère est électrique. Les joueurs, smartphones en main, affichent une concentration intense. Ils se préparent à affronter les qualifications pour la prestigieuse Coupe du monde eFootball, dont la prochaine édition se tiendra en novembre à Riyad. Ibrahima Diop, mieux connu sous le pseudonyme d’Ibzo, le sélectionneur de l’équipe nationale, dispense ses ultimes conseils stratégiques.

Ibzo a rassemblé l’élite du gaming sénégalais. Son équipe a d’ailleurs atteint une première historique en mars dernier, en se positionnant au sommet du classement continental. La gratuité du jeu a propulsé sa popularité bien au-delà des titres sur console. Mohamed, dit Medzo, un jeune de 17 ans venu de Saint-Louis pour ces qualifications, partage son enthousiasme : « C’est avant tout un plaisir, mais la compétition est féroce. On se lance des défis, on veut prouver sa supériorité. L’accès est simple : pas besoin de smartphones coûteux, un appareil avec 3 Go de RAM suffit, contrairement aux consoles onéreuses. Les gamers sénégalais sont talentueux, nombreux et incroyablement dédiés. »

L’ambition d’une carrière professionnelle anime ce jeune talent, une aspiration partagée par Pape Mouhamed Saloum Sow, étudiant en droit. Il confie : « Mon objectif est de passer au niveau supérieur, d’atteindre l’élite. Le eFootball a transcendé le simple divertissement ; nous formons désormais une véritable famille, alors que nous étions étrangers les uns aux autres. »

Les défis techniques du eSport au Sénégal : le « problème des serveurs »

Néanmoins, les athlètes sénégalais du eSport font face à des obstacles notables. La plateforme TikTok, qu’ils utilisent pour partager leurs analyses et astuces, ne propose pas encore la monétisation de contenu en Afrique, contrairement aux marchés européens et américains. Surtout, les soucis de connectivité internet pénalisent grandement leurs performances face à des compétiteurs mieux lotis. Ibzo détaille la situation : « Au Sénégal, le souci majeur réside dans les serveurs. L’Afrique ne dispose que d’un unique serveur, localisé en Afrique du Sud. Cela engendre une latence considérable, où une simple passe peut prendre une éternité à s’exécuter. »

Afin de professionnaliser la discipline, Ibzo a fondé son propre club. Il bénéficie également du soutien de la Fédération Sénégalaise des Sports Électroniques (Fesseda), une entité établie il y a deux ans. El Hadji Mansour Jacques Sagna, président de la Fesseda, explique : « Nous avons officialisé un accord pour lancer les « e-navétanes », des compétitions électroniques locales qui offriront à un vaste public de jeunes l’opportunité de s’affronter sur tout le territoire national. »

La Fesseda prévoit également l’inauguration prochaine d’un centre d’analyse et de performance dédié au eSport. Ce pôle, qui verra le jour au stade Léopold-Sédar-Senghor, aura pour mission d’appuyer la professionnalisation de cette discipline en pleine croissance.