La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) a clairement exprimé son opposition à toute modification de la Constitution du 18 février 2006. Cette prise de position, officialisée par une déclaration le samedi 20 juin, confère un soutien de poids au mouvement de rejet, jusqu’alors principalement porté par l’opposition politique. L’influence de la Cenco sur l’opinion publique en République démocratique du Congo (RDC) est, en effet, considérable.
Pour l’abbé Donatien Nshole, secrétaire général de la Cenco, la révision constitutionnelle envisagée par le pouvoir exécutif n’est ni opportune, ni urgente, ni nécessaire. Il a exhorté les ecclésiastiques et agents pastoraux à diffuser largement ce message, invitant les fidèles et les citoyens de bonne volonté à « résister aux manipulations » visant à altérer la Loi fondamentale. La Cenco se réserve d’ailleurs le droit d’annoncer des « actions concrètes » à mener ultérieurement.
Les évêques mettent en garde contre des initiatives qu’ils jugent susceptibles de déstabiliser davantage un pays déjà confronté à l’insécurité persistante dans l’Est et à des tensions sociales latentes. Cette position forte de la Cenco s’inscrit dans un contexte délicat pour la RDC, un acteur clé de l’actualité africaine.
Dans les rues de Kinshasa, cette prise de position suscite des réactions diverses. Une jeune femme interrogée estime que « beaucoup de personnes se basent sur le Président de la République, genre : il aura un autre mandat. Et pourtant, il faut voir l’intérêt général parce qu’il est en train de faire des choses pour le peuple en fait ». D’autres citoyens expriment des préoccupations quant au timing, comme cette habitante qui interroge : « si nous regardons bien, le pays lui-même n’est pas en bon état. Il y a l’état de siège, il y a l’état de guerre tout ça dans l’Est. Mais comment changer la Constitution dans ce genre de circonstances ? » Un jeune homme, quant à lui, met en avant la nécessité d’une Constitution adaptée pour la « souveraineté Afrique » et l’intégration du pays sur la scène internationale : « la Constitution doit aussi être favorable pour une entrée sur la scène internationale. Si la Constitution n’est pas adaptée, nous n’aurons pas une place en tant qu’Etat souverain selon qu’on a des capacités d’établir des traités et ainsi de suite. »
Le poids diplomatique et social de la Cenco
Bien que la Cenco ne dispose pas d’un pouvoir institutionnel direct pour bloquer une éventuelle réforme constitutionnelle, son influence sociale, politique et diplomatique est indéniable. Le politologue Christian Moleka le souligne : « L’Eglise catholique, certes, va se mobiliser mais il y a un facteur nouveau. C’est également la mobilisation d’autres formes d’Eglises, notamment des Eglises dites de réveil. L’avantage de l’Eglise catholique est qu’elle peut mobiliser sur l’ensemble du pays, ce que d’autres Eglises ne sauront pas, mais également sa capacité à avoir ce levier diplomatique. Parce que sa voix ne compte pas uniquement dans la rue à Kinshasa mais également par sa capacité, au niveau international, à porter cette question-là. » Cette capacité à influencer la diplomatie africaine et à fédérer la population en fait un acteur central dans le débat politique congolais.
Alors que le débat autour de la réforme constitutionnelle RDC s’intensifie, l’opposition a d’ores et déjà annoncé une grande mobilisation de rue pour le 8 juillet, visant cette fois à exiger la démission du Président Félix Tshisekedi. Le secrétaire général de l’UDPS, le parti présidentiel, a vivement réagi, accusant l’opposition de vouloir provoquer un soulèvement populaire dans le pays.
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