18 août 2026

Afrique Horizon

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Le Togo à la croisée des chemins : une gouvernance sous le signe du questionnement constitutionnel

L’arrestation récente de deux citoyens français dans le nord du Togo a mis en lumière de manière abrupte les dysfonctionnements de la gouvernance nationale. Inculpés après plusieurs jours passés aux mains des services de renseignement, leur sort aurait été directement scellé par une instruction de Faure Gnassingbé. Ce dernier aurait personnellement demandé à son ministre de la Justice, Pacôme Adjourouvi, de « ne céder à aucune pression ». Cet événement, qui a des répercussions sur la diplomatie africaine, dépasse le simple incident pour révéler une problématique bien plus profonde : un effondrement du contrôle étatique.

Une question fondamentale se pose désormais au cœur de l’actualité africaine : qui détient réellement le pouvoir au Togo, et sur quelle base de légitimité ?

La réinvention du cadre institutionnel togolais

À y regarder de près, Faure Gnassingbé ne remplit plus, au sens strict, les fonctions de président de la République togolaise. En orchestrant l’adoption d’une nouvelle Constitution et en désignant un « président de la République » dont le rôle est désormais symbolique, tout en se réservant la fonction de président du Conseil, le régime a mis en place un dispositif sans précédent à l’échelle mondiale. Il s’agit d’un véritable agencement institutionnel où les titres officiels s’estompent face à l’exercice brut du pouvoir.

Cette manœuvre institutionnelle est révélatrice d’une dérive préoccupante. Refusant de se retirer des rênes de l’État, le leader togolais semble considérer la loi fondamentale comme un instrument malléable : les règles sont modifiées au gré des intérêts, redistribuées dès qu’elles ne conviennent plus. En imposant des directives directes aux magistrats, tout en s’abritant derrière des institutions taillées sur mesure, il confirme que le principe de séparation des pouvoirs n’est plus qu’une illusion.

Le Togo ne fait plus face à une simple transition constitutionnelle controversée, mais à une gestion personnelle du pouvoir, affranchie de toute logique républicaine. Cette situation potentiellement explosive marque le triomphe de l’arbitraire sur le droit.

Un agencement institutionnel sans précédent

La réforme de 2024, validée par une Assemblée nationale largement dominée par le parti au pouvoir (UNIR), a transformé le régime présidentiel en un système qualifié de « parlementaire ». Le président de la République, Jean-Lucien Savi de Tové, n’exerce plus qu’un rôle honorifique. L’intégralité du pouvoir exécutif incluant la définition des orientations politiques de la Nation, le commandement des forces armées, les nominations aux postes civils et militaires, la représentation internationale et le pouvoir réglementaire a été transférée au « président du Conseil », fonction occupée depuis le 3 mai 2025 par Faure Gnassingbé lui-même.

Ce nouveau poste n’est soumis à aucune restriction de mandat. Alors que la Constitution de 1992 (révisée) limitait le président à deux mandats, la nouvelle architecture permet une permanence illimitée. Le chef du parti majoritaire accède automatiquement à la présidence du Conseil. Avec 108 députés sur 113 issus de l’UNIR après les législatives de 2024 (largement contestées et boycottées par l’opposition), le résultat était prévisible. Il ne s’agit plus d’une alternance démocratique, mais d’une perpétuation dynastique sous une nouvelle appellation, questionnant la souveraineté Afrique en matière de gouvernance.

Quand la justice est mise au service du politique

L’affaire des deux journalistes français, Sébastien Perez Pezzani et Gaël Mocaër, interpellés alors qu’ils réalisaient un reportage pour une émission de France Télévisions, ne constitue pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans un schéma récurrent où les services de renseignement et le ministère de la Justice agissent sous des directives directes. L’ordre présumé de « ne céder à aucune pression » révèle une chaîne de commandement qui court-circuite de façon manifeste l’indépendance judiciaire. Lorsque le chef de l’exécutif dicte la conduite à tenir aux magistrats, la séparation des pouvoirs cesse d’exister.

Cette approche n’est pas inédite. Elle a été observée lors de la gestion des manifestations de juin 2025, dans les poursuites engagées contre des voix dissidentes, et dans le traitement d’autres dossiers sensibles. Le droit est ainsi transformé en un instrument de gestion politique, activé ou neutralisé en fonction des impératifs du moment.

Une légitimité érodée et contestée

Qui détient réellement les rênes du pouvoir ? La réponse est sans équivoque : un homme qui a hérité du pouvoir en 2005, l’a consolidé durant deux décennies, puis a remodelé les institutions pour le maintenir au-delà de toute limite constitutionnelle précédemment établie. Le peuple togolais n’a pas été consulté par référendum sur cette modification fondamentale. Les élections législatives se sont déroulées dans un climat de contestation et de boycott. Le Sénat, dont un tiers des membres est désigné par le président du Conseil, renforce encore davantage ce contrôle centralisé.

Il ne s’agit plus d’une transition. C’est une reconduction du pouvoir personnel sous un habillage institutionnel. Les titres évoluent, les formalités s’accumulent, mais le centre de décision demeure inchangé : Faure Gnassingbé, désormais président du Conseil, chef de la majorité, commandant des armées et arbitre ultime.

Les défis d’un système arbitraire

Lorsque l’arbitraire supplante le droit, lorsque les institutions se vident de leur substance, et lorsque la justice obéit à des impératifs politiques, le contrat social se fragilise inévitablement. Le Togo n’est plus confronté à une simple controverse constitutionnelle. Il est face à un régime qui a choisi de gouverner en dehors de tout cadre républicain stable et prévisible.

La question n’est plus seulement « qui dirige ? ». Elle est désormais : combien de temps ce système pourra-t-il perdurer avant que les contradictions internes et la pression populaire ne provoquent un basculement ?