3 juin 2026

Afrique Horizon

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Le pipeline Tchad-Cameroun, un atout financier majeur pour Yaoundé en 2026

Au terme des quatre premiers mois de l’année 2026, le Cameroun a engrangé 12,2 milliards de FCFA de droits de transit sur le pétrole tchadien acheminé via le pipeline Tchad-Cameroun. Selon les données du Comité de pilotage et de suivi des pipelines (CPSP), cette somme représente une hausse de 1,2 milliard de FCFA par rapport à la même période en 2025, soit une progression de 11 %. Ce bond s’explique par un volume record de 16,1 millions de barils de brut tchadien transitant par le territoire camerounais durant cette période.

Un corridor stratégique pour l’exportation du pétrole tchadien

Avec une longueur de 1 080 kilomètres, ce pipeline relie les gisements pétroliers du sud du Tchad au terminal maritime de Komé-Kribi, situé sur la côte camerounaise. Sans accès direct à la mer, le Tchad dépend entièrement de cette infrastructure pour commercialiser sa production sur les marchés internationaux. Mise en service au début des années 2000 sous la direction d’un consortium dirigé initialement par ExxonMobil, cette artère reste le seul corridor d’exportation viable pour le brut tchadien.

Pour le Cameroun, cette dépendance géographique se traduit par un flux financier régulier. Chaque baril traversant son territoire génère un droit de transit de 1,321 dollar, reversé au Trésor public. Ce mécanisme, bien que simple, contribue significativement aux recettes non fiscales du pays, notamment dans un contexte où Yaoundé cherche à compenser le déclin de sa propre production pétrolière.

Une redevance en constante augmentation depuis 2013

Le montant actuel des droits de transit est le résultat de plusieurs révisions tarifaires initiées en 2013. À l’origine, le tarif unitaire était fixé à 0,41 dollar par baril, un niveau jugé insuffisant par les autorités camerounaises au regard des risques environnementaux et logistiques encourus. Sous leur pression, un mécanisme de révision quinquennale a été adopté, avec deux ajustements en 2013 et 2018 ayant porté la redevance à son niveau actuel.

En l’espace de quinze ans, la redevance unitaire a plus que triplé, alignant progressivement les conditions financières du transit sur les standards des grands corridors pétroliers africains, comme le système BTC en Asie centrale ou les arrangements similaires sur l’oléoduc tchado-camerounais voisin. Cependant, la prochaine étape de cette indexation reste en suspens.

Une revalorisation reportée depuis octobre 2023

Initialement prévue pour entrer en vigueur le 1er octobre 2023, la nouvelle hausse des droits de transit n’a toujours pas été officialisée. Plus de deux ans après cette date, aucun communiqué n’a confirmé la conclusion des discussions ou acté une éventuelle revalorisation. Ce silence prolongé interroge, d’autant que les autorités camerounaises ont récemment multiplié les annonces visant à optimiser les recettes pétrolières.

Plusieurs éléments pourraient expliquer ce blocage. D’une part, la conjoncture politique et budgétaire du Tchad, marquée par la transition post-Déby et des tensions financières à N’Djamena, limite la marge de manœuvre des négociateurs tchadiens. D’autre part, la production pétrolière tchadienne a connu des variations importantes, incitant les opérateurs à privilégier la stabilité tarifaire pour préserver la rentabilité des champs en déclin. À l’inverse, le Cameroun cherche à maximiser les revenus d’une infrastructure dont la durée d’exploitation reste limitée.

Si la tendance observée sur le premier quadrimestre 2026 se poursuit, les recettes annuelles du droit de transit pourraient dépasser 35 milliards de FCFA cette année. Cette manne financière consolide la position du pipeline Tchad-Cameroun comme un actif stratégique pour Yaoundé, aux côtés des exportations de gaz de Kribi et des produits agricoles. Aucune information officielle n’a encore été communiquée sur l’issue des négociations en cours avec le Tchad.