Chaque année, des millions de familles sénégalaises se retrouvent contraintes de s’endetter pour l’achat d’un mouton. Des tontines aux microfinances, en passant par les prêteurs informels, un véritable écosystème de la dette s’est structuré autour de cette célébration religieuse, désormais perçue comme un défi social majeur. Alors que le Maroc a mis en œuvre des solutions, le Sénégal peine encore à trouver sa voie.
À seulement deux semaines de la Tabaski, une inquiétude palpable gagne les pères de famille à Dakar, des quartiers populaires aux zones plus aisées des Almadies. Le coût du mouton ne cesse de grimper. Si l’on évoquait hier 120 000 francs CFA pour un animal de taille respectable, les prix atteignent aujourd’hui 150 000, voire 200 000 FCFA. Pour les bêtes « de prestige », celles qui ornent les photos et les profils WhatsApp, il faut compter 300 000 FCFA, et souvent bien davantage.
« Comment vais-je réunir cette somme ? » C’est la question lancinante qui revient chaque année, tel un rituel douloureux. La Tabaski moderne révèle une dualité troublante : une fête religieuse qui s’est muée en une impératif de statut social, générant une pression économique considérable.
Le mouton, plus qu’une question de foi, un enjeu financier
Mamadou Sall, résident du quartier de Sacré-Cœur, perçoit un salaire mensuel d’environ 60 000 francs CFA. Dès le mois de mai, l’anxiété le gagne. Deux mois plus tard, il devra débourser 150 000 francs – l’équivalent de deux mois et demi de ses revenus – pour acquérir un mouton. Non pas pour sa consommation de viande sur une semaine, mais pour honorer la tradition, pour que ses voisins le voient accomplir le sacrifice, et pour préserver la dignité de sa famille.
Les banques traditionnelles ne lui accordent aucun crédit pour un tel achat. Mamadou se tourne alors vers la tontine de son quartier, où il peut emprunter les 150 000 FCFA nécessaires. Mais à quel prix ? Les taux d’intérêt des tontines, durant la période de la Tabaski, peuvent s’envoler jusqu’à 30%, voire 50% par an. Sur un prêt de 150 000 FCFA, cela représente des frais immédiats de 3 750 à 6 250 francs, sans compter le remboursement échelonné sur douze mois.
Le cas de Mamadou n’est pas isolé.
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