L’Assemblée nationale du Bénin a donné son approbation unanime, lors d’une séance plénière tenue au Palais des gouverneurs à Porto-Novo, à la loi de finances rectificative pour l’exercice budgétaire 2026. Ce vote crucial entérine une augmentation substantielle du budget national, qui passe de 3 700 milliards de francs CFA initialement prévus à plus de 4 148 milliards de francs CFA, soit une révision à la hausse de 8 %.

Des orientations stratégiques pour le mandat Wadagni
Ce collectif budgétaire, intervenant dès le début du mandat du président Romuald Wadagni, trace les premières lignes directrices de sa gouvernance. L’objectif principal est de fournir les ressources nécessaires aux ministères nouvellement établis ou réorganisés pour l’accomplissement de leurs missions, tout en intensifiant les actions en faveur des secteurs sociaux et productifs essentiels au développement du Bénin.
La projection de croissance économique est maintenue à 7,5 %, témoignant de la continuité des performances remarquables de la dernière décennie. Le déficit budgétaire global est maîtrisé à 487 milliards de francs CFA, représentant 3,1 % du PIB, un niveau que le gouvernement juge conforme aux engagements pris par le Bénin au sein de l’UEMOA.
Les dépenses d’investissement s’élèvent à 1 572 milliards de francs CFA en autorisations d’engagement, marquant une progression de 8,5 % par rapport à la loi de finances initiale. Quant aux dépenses de fonctionnement des ministères, elles atteignent 1 777 milliards de francs CFA. Le nombre d’emplois publics rémunérés par l’État reste stable, fixé à 102 740 équivalents temps plein.
Priorité aux initiatives sociales et au pouvoir d’achat
Plusieurs mesures phares de cette loi rectificative 2026 soulignent l’engagement du gouvernement béninois à améliorer le pouvoir d’achat des citoyens et l’accès aux services fondamentaux. Parmi celles-ci, la gratuité des frais de scolarité est étendue à toutes les jeunes filles du cycle secondaire général. Un ambitieux programme vise également à raccorder les centres de santé à l’électricité et à l’eau potable, garantissant ainsi de meilleures conditions de soins.
Le texte budgétaire intègre aussi la prise en charge des urgences vitales sans nécessiter de prépaiement, le renforcement des dispositifs de protection sociale de proximité, et des actions ciblées pour la petite enfance vulnérable. Le secteur agricole, pilier de l’économie béninoise, bénéficie d’un soutien accru avec 90 milliards de francs CFA de subventions. Une attention particulière est également portée aux enfants en situation de rue, notamment dans les régions septentrionales et frontalières du pays.
Modernisation du cadre fiscal et transparence
La réforme fiscale introduite par ce texte comporte plusieurs innovations structurelles. Une disposition majeure concerne la taxation des bénéfices distribuables non distribués : les entreprises n’ayant pas réinvesti leurs bénéfices dans les trois ans suivant leur réalisation seront désormais imposées. Pour encourager la conformité, un taux réduit de 7,5 % sera appliqué pour les régularisations effectuées avant le 31 décembre 2026, au-delà de quoi le taux normal s’appliquera avec des pénalités.
Par ailleurs, les plateformes numériques, qu’il s’agisse d’hébergement, de ventes en ligne ou de transferts d’argent, sont désormais soumises à la retenue à la source, une obligation incombant aux opérateurs de ces plateformes. Les plus-values issues de la cession de valeurs mobilières d’entreprises béninoises deviennent imposables, quelle que soit la résidence du cédant. Afin de fluidifier les procédures, les délais de vérification fiscale sur place sont réduits de trois à deux mois pour les entreprises dont le chiffre d’affaires annuel est inférieur à deux milliards de francs CFA. La dématérialisation des avis de vérification et des actes de procédure est désormais pleinement reconnue juridiquement.
Un unique amendement a été validé en commission, proposé par le député Gérard Benoshi, dans le but d’harmoniser les dispositions relatives à cette dématérialisation, avec l’aval du ministère de l’Économie et des Finances.
Assainissement des fonds spéciaux
La loi rectificative opère également un réaménagement des comptes d’affectation spéciale du Trésor. Trois comptes sont supprimés : le Fonds de modernisation des régies financières, le Fonds de développement des arts et de la culture, et le Fonds de développement du sport. Leurs soldes disponibles seront transférés au budget général de l’État.
Le compte « Prévention et gestion des catastrophes » est rebaptisé « Prévention, gestion des catastrophes et vulnérabilité » et sera alimenté, pour l’année 2026, par 56,2 % des redevances issues de la téléphonie mobile. Enfin, les critères de répartition des aides financières de l’État aux collectivités territoriales intègrent dorénavant la dimension d’adaptation et d’atténuation face aux effets des changements climatiques, renforçant ainsi le développement durable du continent.
Un suivi rigoureux et un consensus politique
Le Conseil économique et social (CES), consulté conformément aux exigences constitutionnelles, a émis un avis favorable tout en formulant quatorze recommandations essentielles. Le CES exhorte notamment le gouvernement à élaborer un plan stratégique pour ramener le déficit sous la barre des 3 % du PIB d’ici 2027-2029, à publier des bilans semestriels sur la viabilité de la dette publique, à instaurer un système de traçabilité numérique géolocalisée pour les subventions agricoles, et à organiser des évaluations budgétaires semestrielles en présence du CES et de la Cour des comptes.
Les échanges en séance plénière ont été concis, les deux blocs parlementaires – le Bloc républicain et l’Union progressiste le renouveau – ayant convenu de limiter leurs interventions. Les députés ont majoritairement soutenu le texte, saluant la continuité des orientations économiques initiées sous la présidence de Patrice Talon, tout en insistant sur la nécessité d’une vigilance accrue dans l’exécution des dépenses et le contrôle des mesures sociales.
La commission des finances, ayant examiné le fond du texte, a émis quatre recommandations à l’attention de l’exécutif : assurer un suivi renforcé des enfants en situation de rue, en ciblant prioritairement les zones nord et frontalières ; clarifier et diffuser largement le programme de prise en charge des urgences vitales ; étendre les aides sociales scolaires aux œuvres universitaires ; et garantir une répartition équitable des investissements sur l’ensemble du territoire national, contribuant à une Afrique Horizon plus juste.
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