1 septembre 2026

Afrique Horizon

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L’Alliance des États du Sahel face au défi de l’action militaire concertée

Un an s’est écoulé depuis la formalisation de sa charte et la fondation de sa confédération, et l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, est plus que jamais interpellée sur sa capacité à honorer sa promesse fondamentale : la défense mutuelle. Face aux récentes escalades sécuritaires et aux vagues d’attaques djihadistes d’ampleur qui frappent le territoire nigérien, l’absence d’une intervention armée conjointe et visible soulève de vives interrogations parmi les populations locales et les observateurs de l’actualité africaine.

Plusieurs facteurs, tant structurels que stratégiques, éclairent cette apparente inertie opérationnelle sur le terrain nigérien, remettant en perspective la prospective Afrique en matière de sécurité régionale.

Des armées nationales déjà sous tension maximale

La principale contrainte réside dans l’état de saturation des forces armées nationales de chaque membre de l’alliance. Chacun de ces États est confronté à des menaces sécuritaires intenses et persistantes sur son propre sol, limitant drastiquement toute capacité de projection :

  • Au Mali : L’armée malienne et ses partenaires demeurent concentrés sur la sécurisation du Nord et du Centre face aux groupes affiliés à Al-Qaïda et au Cadre stratégique permanent.
  • Au Burkina Faso : Plus de la moitié du territoire national est sous la pression constante d’attaques terroristes récurrentes, exigeant une mobilisation quasi-totale des effectifs.
  • Au Niger : Les forces armées nigériennes doivent simultanément sécuriser la complexe région des trois frontières (Liptako-Gourma) contre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), tout en maintenant une vigilance accrue dans le bassin du lac Tchad.

Dans ce contexte exigeant, aucun des trois États ne dispose de réserves stratégiques suffisantes pour déployer un contingent significatif chez un voisin sans compromettre gravement son propre dispositif de défense nationale.

Les obstacles logistiques à une force conjointe opérationnelle

Bien que la décision politique d’unifier les forces ait été actée lors des différents sommets de la Confédération de l’AES, la concrétisation d’une telle force conjointe se heurte à des réalités matérielles et techniques indéniables :

  • Interopérabilité et commandement : La coordination de doctrines militaires distinctes et l’établissement d’une chaîne de commandement intégrée requièrent un investissement considérable en temps, en formation et en infrastructures de transmission sécurisées.
  • Support aérien et renseignement : La projection de troupes sur les vastes étendues du Sahel exige des moyens de transport blindé, un ravitaillement constant et des capacités de renseignement aérien (drones, aviation de chasse) importants. Or, ces capacités sont encore limitées et déjà fortement sollicitées pour les opérations nationales.

L’influence des partenariats extérieurs redéfinis

Le retrait des forces militaires traditionnelles, notamment la France et la mission onusienne MINUSMA, a incité les trois régimes militaires à réorienter leurs partenariats stratégiques. Cette réorientation s’est manifestée par un rapprochement avec la Russie, conduisant notamment au déploiement du corps paramilitaire Africa Corps. Cependant, ces forces d’appui opèrent principalement dans le cadre de contrats bilatéraux et n’ont pas pour vocation première de mener des opérations transfrontalières sous la bannière unifiée de l’AES, ce qui complexifie la notion de souveraineté Afrique dans l’action collective.

Une stratégie axée sur le renseignement et la coordination frontalière

Au-delà de la projection massive de troupes, les autorités de l’AES privilégient une autre forme de coopération : le partage intensifié de renseignements et la réalisation d’opérations ciblées aux frontières. Pour les états-majors sahéliens, l’intervention ne se traduit pas nécessairement par un déploiement visible et de grande envergure, mais plutôt par des actions coordonnées au sein de la zone des trois frontières, où chaque armée intervient prioritairement depuis son propre territoire. Cette approche, bien que moins spectaculaire, est présentée comme une réponse pragmatique aux défis de l’Afrique Horizon en matière de sécurité régionale.