La Confédération des États du Sahel (AES) célèbre ses deux premières années d’existence, présentée par ses promoteurs, dont le Capitaine Ibrahim Traoré, comme une avancée majeure dans la construction d’une souveraineté partagée entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Selon les discours officiels, cette alliance politique et stratégique aurait franchi des étapes significatives sur les plans diplomatique, militaire et institutionnel.
Pourtant, cette vision d’une souveraineté triomphante se heurte à une réalité moins flatteuse sur le terrain. Les défis qui ont motivé la création de l’AES, notamment la sécurité des populations, la stabilité économique et la cohésion sociale, persistent avec une intensité qui interroge la crédibilité des promesses avancées.
Une souveraineté revendiquée face à des défis persistants
L’argument central de l’AES repose sur la notion de souveraineté, devenue le leitmotiv des gouvernements des trois pays. Cependant, cette souveraineté ne saurait se limiter à une rupture avec les alliances historiques ou à une quête d’autonomie géopolitique. Elle doit se traduire concrètement par des actions tangibles : protection des citoyens, efficacité des institutions, résilience économique et opportunités pour les jeunes générations.
Or, malgré les annonces répétées concernant les avancées militaires, les menaces des groupes armés ne faiblissent pas. De vastes zones des trois pays restent sous l’emprise de l’insécurité, contraignant des milliers de civils à fuir leurs foyers. Les crises humanitaires s’aggravent, tandis que les besoins en assistance ne cessent de croître.
Une intégration économique en deçà des attentes
Sur le plan économique, les espoirs placés dans la Confédération peinent à se concrétiser. Les échanges commerciaux entre les membres de l’AES restent modestes, les contraintes budgétaires persistent et le pouvoir d’achat des ménages continue de se dégrader. Pour de nombreux observateurs, les bénéfices promis par l’alliance apparaissent davantage comme des déclarations d’intention que comme des réalisations tangibles.
Les citoyens, eux, jugent leurs dirigeants sur des critères bien plus concrets : leur sécurité quotidienne, l’accès aux soins, à l’éducation, à l’emploi et aux infrastructures. Ces indicateurs, loin d’être satisfaisants, reflètent un écart croissant entre les discours et les résultats.
Au-delà des mots : l’impératif de l’efficacité
La focalisation excessive sur la souveraineté a parfois pour effet de reléguer au second plan des enjeux cruciaux, tels que la transparence, la redevabilité et la qualité de la gouvernance. Pourtant, une union régionale ne peut prétendre à la légitimité sans des institutions solides, des politiques publiques performantes et une gestion rigoureuse des ressources.
Deux ans après sa fondation, l’AES incarne indéniablement une rupture politique majeure en Afrique de l’Ouest. Son avenir dépendra moins des discours officiels que de sa capacité à transformer les défis sécuritaires, économiques et sociaux en réalisations concrètes. Les populations, elles, attendent des preuves tangibles que cette alliance peut répondre à leurs besoins les plus urgents.
C’est donc sur ces résultats, bien plus que sur les intentions affichées, que l’histoire évaluera le bilan de la Confédération des États du Sahel.
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