
L’affirmation du Capitaine Ibrahim Traoré, selon laquelle l’éradication du terrorisme est imminente, revêt d’abord une dimension politique essentielle avant d’être une certitude militaire. Cette déclaration vise à soutenir le moral d’une nation éprouvée et à justifier les sacrifices considérables engendrés par l’effort de guerre. Cependant, une analyse objective des réalités sur le terrain met en lumière quatre points de friction majeurs, qui tempèrent cet optimisme.
1. La divergence entre reconquête territoriale et contrôle effectif
Bien que le gouvernement revendique un contrôle d’environ 74% du territoire national (chiffres officiels de début 2026), ce pourcentage masque une réalité plus nuancée. Ce « contrôle » se limite fréquemment aux agglomérations urbaines et aux principaux axes de communication, sécurisés notamment par des drones. Dans les vastes espaces interstitiels, les Groupes Armés Terroristes (GAT) conservent une capacité de mouvement asymétrique. La véritable victoire ne se mesure pas uniquement à l’implantation d’un drapeau, mais à la capacité d’un enseignant ou d’un professionnel de la santé d’exercer librement son activité, sans escorte, dans un village reculé du Soum ou du Yatenga.

2. Le paradoxe des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP)
La mobilisation massive des Volontaires pour la Défense de la Patrie (près de 90 000 enrôlés) a indéniablement contribué à un renforcement du maillage sécuritaire. Néanmoins, cette approche comporte un risque de fragmentation de la sécurité. Ces civils, armés dans l’urgence, ne possèdent pas toujours l’expertise tactique nécessaire pour faire face à des combattants aguerris. Plus préoccupant encore, le risque de dérapages ou de règlements de comptes intercommunautaires – des faits documentés par plusieurs organisations de défense des droits humains – fragilise la cohésion nationale et offre aux groupes terroristes un terrain propice au recrutement.
3. L’insuffisance d’une approche exclusivement militaire
Le discours de « l’éradication prochaine » repose quasi exclusivement sur la puissance de feu, comme en témoignent les acquisitions de vecteurs aériens et d’armements russes ou turcs. Or, le terrorisme au Sahel est un phénomène qui puise ses racines dans des dimensions sociales et identitaires profondes. Tant que les services publics essentiels (accès à l’eau, à la justice, à l’éducation) ne seront pas pleinement rétablis dans les zones « libérées », le vide étatique sera inévitablement comblé par des idéologies radicales. L’éradication ne saurait se résumer à une question de munitions ; elle est avant tout une question de gouvernance inclusive et alternative.

4. La résilience d’un ennemi transfrontalier
Enfin, l’optimisme exprimé par Ibrahim Traoré semble parfois occulter la nature intrinsèquement transfrontalière de ce conflit. Même si le Burkina Faso parvenait à « assainir » son propre territoire, la porosité de ses frontières avec le Mali et le Niger (malgré les efforts de l’Alliance des États du Sahel) permet aux groupes terroristes de se replier, de se réorganiser et de réapparaître. Il est illusoire d’espérer éradiquer localement un phénomène qui circule librement à l’échelle régionale sans une stabilisation concomitante de l’ensemble du bassin sahélien.
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