Les pays de la zone sahélienne, s’étendant du Mali jusqu’au Tchad, ne ressemblent en rien à des pôles d’attraction économique de premier plan. Loin d’être des destinations privilégiées pour les investissements directs étrangers, le Mali, le Burkina Faso et le Niger font face à des indicateurs macroéconomiques alarmants. Au Mali par exemple, près de la moitié de la population a moins de 15 ans et le pays occupe les derniers rangs mondiaux en matière de développement humain selon le PNUD. La pauvreté y est endémique, touchant environ 45 % des habitants, tandis que le Niger et le Burkina Faso affichent des taux de précarité tout aussi préoccupants, atteignant parfois plus de 60 % de la population.
Ces trois nations enclavées sont aujourd’hui gouvernées par des régimes militaires issus de coups d’État, regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Soutenus discrètement par le Kremlin dans leur volonté de rompre avec l’influence française, ces dirigeants prônent une idéologie souverainiste. Pourtant, la prospérité promise peine à se concrétiser. Dans ce contexte, deux puissances voisines, l’Algérie et le Maroc, déploient des stratégies distinctes pour s’imposer comme des partenaires incontournables.
Le Maroc et l’ambition d’une façade maritime pour le Sahel
À travers le projet colossal du port Dakhla Atlantique au Sahara occidental, le Royaume chérifien ambitionne de créer un véritable carrefour commercial, comparable au succès de Tanger Med. Prévue pour être opérationnelle d’ici 2029, cette infrastructure se veut une porte d’accès majeure vers les Amériques et l’Afrique de l’Ouest. Rabat a déjà convié les leaders de l’AES pour leur proposer un débouché maritime vital, potentiellement complété par une future liaison ferroviaire.
Pour le Maroc, cette initiative vise à démontrer que son modèle de développement peut bénéficier à l’ensemble de la sous-région. En offrant des perspectives économiques à une jeunesse sahélienne dont la population pourrait doubler en une décennie, le Royaume espère également affaiblir indirectement l’influence des groupes armés djihadistes qui déstabilisent la région.
L’Algérie mise sur l’énergie et le gazoduc transsaharien
De son côté, Alger a entrepris une offensive diplomatique pour rétablir ses liens avec Niamey. Le pouvoir algérien propose au Niger d’accélérer la construction du tronçon local du gazoduc transsaharien. Ce projet d’envergure, long de 4 800 kilomètres, doit relier le Nigeria à l’Europe en traversant le territoire nigérien et algérien.
La compagnie nationale Sonatrach se chargerait non seulement de la construction, mais aussi de la formation technique des cadres nigériens. Cet argument constitue un avantage comparatif majeur face à d’autres partenaires comme la Chine, souvent critiquée pour ne pas transférer de compétences locales dans la gestion des ressources naturelles.
Une rivalité régionale aux conséquences sécuritaires
Bien que les approches marocaine et algérienne puissent paraître complémentaires, elles se heurtent à la rivalité historique entre les deux capitales, exacerbée par le dossier du Sahara occidental. Si ce conflit trouvait une issue, notamment via les plans d’autonomie discutés à l’échelle internationale, une coopération sécuritaire et économique renforcée pourrait stabiliser durablement le Sahel.
Actuellement, le djihadisme continue de se nourrir de la pauvreté et de l’instabilité politique. Alors qu’Alger mise sur son expertise énergétique et que Rabat déploie sa force de frappe en infrastructures logistiques, les tensions diplomatiques persistent. Récemment, des échanges acerbes entre le Mali et l’Algérie ont encore illustré la complexité des relations dans cette zone où chaque puissance tente de protéger ses intérêts stratégiques.
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