28 avril 2026

Coopération occidentale et régimes militaires au Sahel : vers un nouveau dialogue ?

coopération occidentale et régimes militaires au Sahel : vers un nouveau dialogue ?

Rencontre des dirigeants de l'AES à Niamey le 6 juillet 2024

Le Sahel, région marquée par des tensions politiques et sécuritaires, voit émerger de nouvelles dynamiques diplomatiques.

En février 2024, les États-Unis ont signé un accord bilatéral de cinq ans avec le Burkina Faso, prévoyant un financement de 147 millions de dollars pour combattre le sida et d’autres maladies. Parallèlement, Washington a réaffirmé son respect de la souveraineté du Niger, lors d’un échange avec le Premier ministre de transition, Ali Mahamane Zeine.

De son côté, l’Union européenne a dépêché son représentant spécial pour le Sahel, João Cravinho, à Bamako, malgré les tensions avec les autorités maliennes. Ces initiatives soulèvent une question : s’agit-il d’un début de réchauffement des relations entre les puissances occidentales et les régimes militaires du Sahel ?

une lente évolution des relations entre l’UE et les pays de l’AES

analyse de francis kpatindé

Francis Kpatindé, spécialiste de l’Afrique de l’Ouest et enseignant à Sciences Po Paris, analyse cette évolution :

  • Il est encore prématuré de parler de rapprochement. Le Sahel a souvent réservé des surprises ces dernières années. Cependant, on observe peut-être un frémissement dans les relations. Les liens entre les puissances occidentales et les pays sahéliens restent fragiles, voire tendus.

  • Les États-Unis et l’UE adaptent leur stratégie. Ils proposent des accords de coopération ciblés : aide humanitaire, soutien économique et formations militaires, notamment contre le terrorisme. Ces initiatives visent à éviter un isolement total des régimes en place, tout en maintenant une présence stratégique dans la région.

  • Les intérêts miniers jouent un rôle clé. Les pays du Sahel regorgent de ressources stratégiques : uranium au Niger, or au Burkina Faso et or au Mali. Les puissances occidentales ne peuvent ignorer ces enjeux économiques.

l’UE troque sa vision régionale pour une approche bilatérale

L’Union européenne, autrefois unie dans sa politique sahélienne, semble désormais privilégier une stratégie pays par pays. Une tendance confirmée par le chercheur :

« L’Allemagne, par exemple, entretient de bonnes relations avec plusieurs pays de l’AES. Elle joue un rôle de passerelle pour les autres États membres de l’UE, notamment la France. »

Cette approche permet à Paris de maintenir un dialogue minimal avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso, malgré les tensions avec la France, perçue comme l’ancienne puissance coloniale. Une stratégie pragmatique, où les intérêts économiques priment sur les clivages politiques.

En conclusion, bien qu’aucun dégel complet ne soit encore visible, les signaux envoyés par Washington et Bruxelles dessinent une nouvelle approche au Sahel. Une approche où souveraineté locale et intérêts stratégiques s’entremêlent, ouvrant peut-être la voie à une future normalisation des relations.