7 septembre 2026

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Issa Tchiroma Bakary dénonce un pillage de 10 000 milliards au Cameroun entre or, pétrole et bois

Dans une déclaration choc, l’ancien ministre camerounais épingle le régime de Paul Biya pour des détournements massifs touchant les ressources naturelles, les marchés publics, la fraude fiscale et l’enrichissement personnel du clan présidentiel.

 

Issa Tchiroma Bakary, figure politique camerounaise, a livré un réquisitoire accablant contre la gestion des finances publiques sous Paul Biya. Selon lui, entre l’or, le pétrole et le bois, plus de 10 000 milliards de francs CFA se sont envolés. Il détaille quatre volets de ce qu’il qualifie de prédation systématique.

Le premier volet concerne le pillage des ressources du sous-sol. La Société nationale des hydrocarbures (SNH) aurait généré pendant 40 ans des recettes pétrolières hors budget, sans contrôle parlementaire ni transparence. Des institutions comme le FMI, la Banque mondiale et l’ITIE ont signalé des flux considérables sortis du Cameroun sans être comptabilisés. Le pétrole aurait été vendu à Glencore à moins de 30% de sa valeur. Les forêts subissent le même sort : 80% du bois est exporté illégalement. Au total, l’or, le pétrole et le bois représenteraient plus de 10 000 milliards de francs CFA détournés.

Le deuxième volet porte sur les marchés frauduleux. Les lignes budgétaires 65 et 94, couvrant les années 2012 à 2021, ont été effacées, représentant 5 400 milliards de dépenses sans justification. Le Tribunal criminel spécial (TCS), créé par Paul Biya lui-même, a condamné des responsables pour près de 9 000 milliards de détournements entre 1997 et 2021. Par ailleurs, plus de 20 000 fonctionnaires fictifs auraient été payés pendant des années, causant un préjudice annuel d’environ 200 milliards de francs CFA. Des scandales comme l’autoroute Yaoundé-Douala, la CAN 2021 et les vaccins anti-Covid auraient entraîné des surfacturations massives dépassant 500 milliards de francs CFA.

Le troisième volet aborde la fraude fiscale et douanière. L’Agence nationale d’investigation financière (ANIF) et la Commission nationale anticorruption (CONAC) ont documenté des mécanismes systémiques : 1 665 milliards de francs CFA de flux suspects rien qu’en 2023, 1 246 milliards de fraude douanière sur six ans, et 1 745 milliards de fraude de scanning au port de Douala imputée à SGS. Tchiroma Bakary dénonce une lutte entre clans du régime pour le contrôle de cette fraude institutionnalisée.

Enfin, le quatrième volet concerne l’enrichissement personnel du clan Biya. Des biens mal acquis en France (744 millions d’euros identifiés par les enquêtes), le domaine de Nyom évalué à 18 milliards de francs CFA, des propriétés à Dubaï estimées à 44 milliards, et des séjours luxueux à Genève. Tous, de Paul Biya à son épouse, son fils et plusieurs hauts responsables, auraient accumulé des fortunes sans déclarer leur patrimoine comme l’exige l’article 66 de la Constitution.

Selon le scenario conservateur, le montant total de la prédation s’élèverait à 26 000 milliards de francs CFA. Mais par extrapolation, les experts estiment que le chiffre réel pourrait atteindre 80 000 milliards. Avec 26 000 milliards, le Cameroun aurait pu payer 36 années de salaires de l’ensemble des 380 000 enseignants, soignants et soldats, ou construire 2 600 hôpitaux de district. Tchiroma Bakary prévient : il n’y aura ni amnistie ni négociation secrète, et tout fonctionnaire coupable répondra de ses actes devant la justice nationale et internationale.