17 juillet 2026

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Guerre Soudan-Tchad : le Tchad en première ligne des tensions régionales

guerre Soudan-Tchad : le Tchad en première ligne des tensions régionales

Trois ans après le début du conflit au Soudan, ses répercussions franchissent désormais les frontières. Frappes transfrontalières, tensions militaires accrues et divisions communautaires : la crise soudanaise impacte directement N’Djamena.

Depuis avril 2023, les combats opposent au Soudan l’armée régulière du général Abdel Fattah al-Burhan aux Forces de soutien rapide (FSR), dirigées par Mohamed Hamdan Dagolo, alias Hemedti. Malgré une posture officielle de neutralité affichée par le Tchad, des soutiens logistiques et militaires ont été apportés aux FSR, notamment via des livraisons d’armes transitant par des villes comme Amdjarass ou Adré. Ces choix stratégiques, financés par les Émirats arabes unis, placent aujourd’hui le régime tchadien dans une position extrêmement délicate.

Tiné, épicentre des conflits transfrontaliers

Deux localités portent le même nom : Tiné. L’une au Soudan, l’autre au Tchad. Ces villes jumelles, peuplées majoritairement de Zaghawa, servent de point de passage pour les civils fuyant les violences du Darfour. Le 21 février 2026, les FSR ont pris le contrôle de la partie soudanaise de Tiné, déclenchant des affrontements avec les Toroboros, des combattants tchadiens et soudanais alliés à al-Burhan, ainsi que des militaires tchadiens agissant sans mandat officiel. Ces combats ont permis une reprise rapide de la ville, mais ont aussi scellé l’ancrage durable du conflit dans cette zone frontalière.

Le 21 mars, une attaque par drone a frappé Tiné (Tchad), faisant une vingtaine de victimes civiles. Les autorités de N’Djamena démentent toute implication directe, mais des accusations ciblent Mahamat Déby, accusé par l’opposant exilé Ousmane Dillo d’avoir mis en danger la communauté zaghawa. Du côté soudanais, le gouverneur du Darfour, Minni Arkou Minawi, a qualifié la situation de « guerre ouverte contre le Tchad », confirmant une escalade régionale sans précédent.

Le Tchad place ses forces en état d’alerte maximale

Face à cette dégradation sécuritaire, le gouvernement tchadien maintient une ligne ferme. Le porte-parole du gouvernement, Gassim Chérif Mahamat, a réaffirmé la neutralité du pays tout en promettant une réponse « proportionnelle » aux provocations. Le président Mahamat Déby a ordonné la mobilisation générale des forces armées. Un sommet sécuritaire s’est tenu à Tiné le 22 mars pour renforcer la protection des frontières et prévenir toute déstabilisation intérieure. « Ici, c’est le Tchad, pas le Soudan. Que les belligérants se battent dans leur propre pays et cessent de menacer notre population », a déclaré le général Ali Ahmat Akhabach, ministre de la Sécurité.

Dans la foulée, N’Djamena a interdit le franchissement de la frontière, privant les civils fuyant le conflit soudanais d’un accès aux camps de réfugiés. Une mesure aux conséquences humanitaires lourdes, prise pour éviter une radicalisation de la communauté zaghawa. Pourtant, selon l’expert Cameron Hudson, cette décision pourrait au contraire « accentuer le risque d’une implication directe du Tchad dans le conflit », soulignant une erreur stratégique majeure du régime de Déby.

Divisions communautaires alimentées par le conflit

Le conflit soudanais ne menace pas uniquement les Zaghawa. Des sources sécuritaires tchadiennes révèlent le recrutement de jeunes issus de la communauté Tama par les FSR. Ce mercenariat local s’appuie sur des réseaux mêlant chefs traditionnels, autorités administratives et proches du pouvoir. Comme les Zaghawa, les Tama sont une communauté transfrontalière, présente à l’est du Tchad (Wadi Fira, Ouaddaï) et à l’ouest du Soudan. Historiquement intégrés aux milices janjawid lors de la première guerre du Darfour, ils ont combattu des groupes ethniques, dont les Zaghawa. Cette stratégie ravive des tensions communautaires au sein du Tchad et alimente un climat de peur interethnique.

La frontière entre les deux pays n’est plus une simple ligne de démarcation, mais un espace où le conflit se projette. Une approche ambiguë et risquée qui place le pouvoir tchadien dans une situation ingérable. Le calcul politique initial s’est transformé en une spirale incontrôlable dont les conséquences pourraient être dévastatrices.