Guerre politique au Sénégal : Sonko impose son veto aux amendements de Faye sur les crédits spéciaux

Les relations entre pouvoir exécutif et législatif au Sénégal s’enveniment autour d’une bataille législative sans précédent.
Le bras de fer entre le président Bassirou Diomaye Faye et le président de l’Assemblée nationale Ousmane Sonko s’intensifie. Après l’affrontement sur la déclaration de patrimoine, la tension a atteint son paroxysme lors de l’examen en commission technique de la proposition de loi encadrant les crédits spéciaux. Une stratégie délibérée de la part de Diomaye : remplacer Cheikh Diba par le ministre de la Justice, Me Moussa Sarr, pour introduire six amendements. Résultat ? Un rejet unanime des propositions par les députés de Pastef.
Les discussions, menées sous l’égide de Chérif Ahmed Dicko à la tête de la Commission des Finances, ont rapidement tourné au conflit de légitimité. Dès 15 heures, Me Moussa Sarr a pointé du doigt des incohérences dans le texte initial. Six amendements ont été déposés, suscitant une suspension des travaux pour délibérations internes. À leur reprise, les députés ont balayé d’un revers de main les propositions gouvernementales.
Un seul amendement adopté face au mur des rejections
Parmi les six amendements rejetés, seul celui porté par Alphonse Mané Sambou a trouvé grâce aux yeux des parlementaires. Son texte renforce le rôle de la Commission des Finances et du Contrôle budgétaire dans le contrôle des crédits spéciaux, précisant les modalités de vérification comptable. Une victoire symbolique pour l’opposition législative.
Les autres amendements gouvernementaux ont été purement et simplement écartés. Le premier visait à étendre le champ des crédits spéciaux aux présidences de l’Assemblée nationale et du gouvernement, une proposition jugée irrecevable. Le cinquième amendement, qui redéfinissait les dépenses exclues, a également été rejeté, tout comme les tentatives de modification des conditions de contrôle.
Crédits spéciaux : le cœur du conflit de souveraineté
L’enjeu central réside dans la définition même des crédits spéciaux. Pour les députés de Pastef, ceux-ci doivent se limiter aux dépenses de défense nationale, sécurité intérieure et extérieure, et activités de renseignement. Le gouvernement, lui, propose une vision élargie incluant la préservation de l’ordre social, des valeurs africaines de solidarité, ou encore la stabilité nationale.
La question du contrôle n’est pas en reste. Si l’exécutif prône un suivi conforme aux lois en vigueur, l’Assemblée nationale insiste pour confier cette mission à sa Commission des Finances. Un désaccord persistant qui illustre les tensions entre les deux pouvoirs.
La proposition de loi, adoptée en commission, sera soumise au vote en plénière la semaine prochaine. Le gouvernement devrait réitérer ses amendements, condamnés à un nouveau rejet. Une escalade prévisible qui pourrait mener à une saisine du Conseil constitutionnel, comme lors des précédents conflits.
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