13 juillet 2026

Afrique Horizon

Prospective et actualités africaines : économie, diplomatie, développement et souveraineté du continent.

Faye et sonko : qui paiera le prix de leur rivalité au Sénégal ?

Quand deux figures politiques sénégalaises s’affrontent, c’est le pays qui trinque

Une tribune publiée récemment sur MyJoyOnline par les chercheurs Chukwuemeka Eze et Malick Fall soulève une question cruciale : le Sénégal, autrefois symbole de stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest, serait-il aujourd’hui la victime collatérale de l’affrontement entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ? Leur analyse, à la fois sévère et lucide, révèle une réalité inquiétante : les tensions actuelles entre les deux leaders pourraient mettre à mal la transition démocratique tant espérée.

Un duo historique devenu source de division

Il y a deux ans encore, le Sénégal incarnait l’espoir d’un renouveau démocratique sur le continent. L’élection de Bassirou Diomaye Faye, rendue possible grâce au soutien politique d’Ousmane Sonko et du mouvement Pastef, avait suscité un engouement sans précédent. Les deux hommes, aux profils pourtant différents, avaient su unir leurs forces pour porter un projet commun. Mais aujourd’hui, leur alliance semble se fissurer, laissant place à des divergences qui dépassent le simple cadre politique.

Pour comprendre l’ampleur de cette crise, il faut revenir au choix audacieux qu’a fait Sonko en 2024. Empêché de se présenter à la présidentielle pour des raisons judiciaires, il aurait pu s’opposer frontalement au processus électoral. Pourtant, il a choisi de soutenir Faye, transformant une candidature initialement peu connue en une victoire historique. Un geste de renoncement personnel qui a marqué l’histoire récente du pays. Mais aujourd’hui, cette alliance, née d’un idéal partagé, semble menacée par des calculs politiques et des désaccords profonds.

Dette publique et souveraineté économique : les racines du conflit

Les tensions entre Faye et Sonko ne proviennent pas d’une opposition idéologique fondamentale, mais bien de divergences sur la gestion de la dette publique. Le Sénégal fait face à un endettement bien plus élevé que prévu, une situation qui complique la tâche du gouvernement. Sonko, partisan d’une souveraineté économique, rejette toute restructuration de la dette, tandis que Faye, soucieux de rassurer les partenaires financiers internationaux, cherche à éviter une telle mesure.

Cette opposition, bien que présentée comme une divergence de fond, illustre surtout la tension entre les ambitions transformatrices qui ont porté l’électorat à voter pour le changement et les contraintes pragmatiques de l’exercice du pouvoir. Les deux chercheurs soulignent que ces désaccords, bien qu’inevitables, risquent de détourner l’attention des réformes promises, au détriment des citoyens.

Réformes institutionnelles : l’ironie d’un pouvoir en quête de légitimité

L’une des ironies les plus frappantes de cette crise est que le mouvement au pouvoir, qui promettait de renforcer les institutions démocratiques, se retrouve aujourd’hui confronté à des questions institutionnelles qu’il avait lui-même promises de résoudre. Les propositions de révision constitutionnelle, censées rééquilibrer les pouvoirs entre l’exécutif et le Parlement, sont devenues un sujet de débat national. Si certains y voient une avancée historique, d’autres interrogent leur calendrier et leur mise en œuvre.

Pour Eze et Fall, cette situation rappelle une leçon démocratique essentielle : une réforme constitutionnelle ne se juge pas seulement sur la qualité du texte, mais aussi sur la confiance politique qui entoure sa mise en œuvre. La démocratie, selon eux, dépend autant des institutions que du comportement de ceux qui les dirigent.

L’enjeu réel : le quotidien des Sénégalais

Au-delà des calculs politiques, l’enjeu véritable pour les citoyens sénégalais reste inchangé : la création d’emplois, la maîtrise du coût de la vie, l’amélioration des services publics. Chaque jour perdu à gérer des tensions internes est un jour de moins consacré à la mise en œuvre des réformes promises. Pourtant, contrairement à d’autres pays de la région où les crises politiques dégénèrent en coups d’État ou en insurrections, le Sénégal conserve des institutions résilientes. La justice fonctionne, le Parlement reste actif, et les désaccords politiques restent encadrés par les processus constitutionnels.

Pour les chercheurs, l’avenir du pays dépendra de la capacité de Faye et Sonko à dépasser leurs divergences. Leur rivalité ne doit pas devenir une distraction, mais un rappel des défis qui attendent le Sénégal : concilier ambition transformatrice et réalité du pouvoir, sans sacrifier les espoirs d’une jeunesse en quête de changement.