L’Algérie relance sa diplomatie au Sahel pour contrer l’influence marocaine
Depuis plusieurs semaines, Alger multiplie les initiatives envers le Mali et le Niger, deux pays clés de l’Alliance des États du Sahel (AES). Après une période de tensions avec Bamako, l’Algérie a rétabli ses relations diplomatiques et rouvert son espace aérien aux appareils maliens. Au Niger, le rapprochement s’est concrétisé par la livraison de quatre hélicoptères militaires et la relance de projets pétroliers communs. Ces gestes visent un objectif clair : retrouver l’influence perdue face à Rabat, dont la stratégie économique et diplomatique progresse rapidement dans la région.
Ces mesures s’inscrivent dans un contexte où le Maroc renforce ses positions auprès des membres de l’AES, en combinant alliances politiques, investissements et coopération sécuritaire. Pour Alger, l’enjeu est de taille : éviter que son voisin ne transforme ses avancées en avantage politique durable et préserver sa propre présence dans une zone où sa crédibilité a été ébranlée.
Un rapprochement spectaculaire avec le Mali après plus d’un an de crise
La normalisation avec le Mali marque un tournant majeur. Après quinze mois de confrontation, Alger et Bamako ont rétabli leurs relations diplomatiques le 10 juillet. L’ambassadeur algérien est retourné à Bamako, tandis que le gouvernement malien a fait de même à Alger. Peu après, le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, a évoqué une « convergence totale de vues » avec le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, notamment sur le respect de la souveraineté des États. Cette réconciliation dépasse le simple rétablissement des liens : elle permet à Alger de retrouver une place dans les discussions sur la sécurité et l’avenir du Sahel occidental.
Cette normalisation a été facilitée par l’implication du Niger, lui-même proche de l’Algérie. Les observateurs soulignent le rôle de la diplomatie algérienne dans cette reprise de dialogue, alors que les deux pays partagent des enjeux communs, notamment la lutte contre les groupes armés et la stabilité régionale.
Le Niger, laboratoire de la stratégie algérienne de reconquête
Le Niger est devenu le terrain privilégié de l’offensive diplomatique algérienne. En août, Alger a livré quatre hélicoptères militaires aux forces nigériennes, dont deux Mi-24V et deux Mi-171, accompagnés de matériel de maintenance et de munitions. Peu après, le Premier ministre algérien s’est rendu à Niamey pour lancer le forage du puits Kafra Sud-Est 1. Parallèlement, les compagnies pétrolières Sonatrach et Sonidep ont annoncé la première commercialisation conjointe du pétrole nigérien. Ces actions illustrent une stratégie combinant sécurité, énergie et coopération économique, trois leviers essentiels pour renforcer l’influence algérienne dans la région.
Cette approche répond à une double nécessité : sécuriser les frontières et offrir des alternatives économiques aux pays de l’AES, qui ont rompu avec plusieurs partenaires traditionnels. Le partenariat algéro-nigérien, qualifié de « stratégique et irréversible », repose désormais sur des engagements concrets, bien que certains projets restent encore à concrétiser.
Une bataille d’influence au Sahel : l’Algérie face à la montée en puissance du Maroc
La région est désormais le théâtre d’une lutte d’influence entre l’Algérie et le Maroc. Les trois pays de l’AES (Mali, Burkina Faso, Niger) ont rompu avec plusieurs partenaires occidentaux et se tournent vers de nouveaux alliés, dont la Russie. Cette recomposition offre à Alger une opportunité de retrouver une place centrale, mais elle doit aussi faire face à Rabat, dont la stratégie repose sur une combinaison de diplomatie, d’investissements et de coopération religieuse.
Le problème pour Alger est que le Maroc a déjà pris une avance significative. Le Mali a retiré sa reconnaissance de la RASD et soutenu le plan d’autonomie marocain pour le Sahara, tandis que les trois pays de l’AES ont développé leurs relations avec Rabat. Pour Alger, cette évolution représente un défi : éviter que son rival ne capitalise sur ses propres reculs pour étendre son influence politique et diplomatique dans la région.
Une reconquête fragile et réactive
La politique algérienne au Sahel semble avant tout dictée par la nécessité de rattraper un retard. Après avoir perdu son rôle de médiateur au Mali, Alger tente de revenir par des accords bilatéraux, des projets énergétiques et une coopération sécuritaire renforcée. Le Niger est le terrain le plus avancé de cette stratégie, tandis que le Mali en constitue le test diplomatique majeur. Le Burkina Faso, bien que moins médiatisé, s’inscrit aussi dans cette dynamique.
Cependant, cette approche reste fragile. L’influence algérienne est souvent perçue comme une réaction à la montée en puissance du Maroc plutôt que comme une offre autonome. Pour peser durablement dans la région, Alger devra aller au-delà de la simple frustration de voir son rival profiter de ses propres erreurs et proposer une vision propre, capable de séduire les pays du Sahel au-delà des clivages géopolitiques.
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