14 mai 2026

Crise carburant au Mali : impact sur les opérations humanitaires

crise du carburant au Mali : paralysie des opérations humanitaires et crise sociale

Au Mali, une pénurie aiguë de carburant, aggravée par un blocus djihadiste sur les axes routiers stratégiques, plonge le pays dans une crise humanitaire sans précédent. Cette situation met en péril la survie des populations vulnérables et paralyse les interventions des organisations onusiennes, déjà fragilisées par la faim et l’insécurité croissante.

Selon les Nations Unies, les difficultés d’approvisionnement en carburant ralentissent considérablement les missions humanitaires dans les régions du centre et du sud, notamment autour de Ségou, San, Koutiala, Mopti et Bandiagara. Ces zones, essentielles pour relier Bamako au nord du pays, subissent une insécurité persistante.

des missions humanitaires réduites à peau de chagrin

Plusieurs partenaires humanitaires ont dû limiter leurs interventions en raison des restrictions logistiques. Les cliniques mobiles, par exemple, ne couvrent plus qu’un rayon d’environ dix kilomètres autour de leurs bases. Les mouvements sont entravés par les braquages, les contrôles irréguliers et les violences, forçant certaines organisations à suspendre temporairement leurs opérations.

Depuis septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, bloque les importations de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Ces deux pays sont les principaux points d’entrée des biens importés au Mali, un État enclavé d’Afrique de l’Ouest. Le blocus touche désormais Bamako et la majorité des régions, aggravant une crise énergétique et alimentaire déjà critique.

Léré, une ville isolée sous blocus

Dans la région de Tombouctou, la ville de Léré, proche de la frontière mauritanienne, est soumise depuis le 27 octobre à une restriction d’accès imposée par des groupes armés. Cette mesure a provoqué des déplacements massifs de populations vers des zones plus sûres.

D’après un rapport de l’ONU sur l’accès humanitaire au Mali pour le mois d’octobre, « hormis les acteurs humanitaires déjà présents, aucun autre intervenant ou organisation ne peut accéder à la localité ». Le rapport recense une cinquantaine d’incidents d’accès, soit une hausse de 13 % par rapport à septembre. Les engins explosifs restent la principale menace, avec 28 cas signalés. Trois attaques directes contre des humanitaires et neuf enlèvements ont été enregistrés, principalement dans les régions de Ségou et de Gao.

À Douentza, deux agents humanitaires ont péri dans le chavirement d’une embarcation sur le fleuve Niger, près du village de Kagnimé. « Ces violences compromettent la sécurité du personnel et ralentissent les opérations sur le terrain », souligne le rapport de l’ONU, ajoutant que « le contexte reste imprévisible » et que « les contraintes logistiques, notamment liées au carburant, accentuent les défis d’accès aux populations ».

un contexte politique de plus en plus répressif

Cette crise humanitaire s’inscrit dans un climat politique de plus en plus tendu. Depuis le coup d’État de 2020 mené par le général Assimi Goïta, l’instabilité s’est installée. Les élections présidentielles ont été suspendues indéfiniment, et tous les partis politiques ont été dissous en mai 2025. En juillet, une loi a été adoptée, permettant au général Goïta de prolonger son mandat « autant de fois que nécessaire, jusqu’à la pacification du pays ».

Le haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a dénoncé « la fermeture de la porte à toute élection démocratique dans un avenir proche » et une « instrumentalisation de la loi contre la dissidence ». Les arrestations d’opposants et de citoyens se multiplient, à l’image de l’ancien Premier ministre Moussa Mara, arrêté en août puis condamné pour « atteinte à la crédibilité de l’État ».

Parallèlement, les violences armées s’intensifient. Les attaques des groupes djihadistes du GSIM et de la branche locale de Daech ciblent le centre et le nord du pays, en particulier aux frontières avec le Burkina Faso et le Niger. Depuis avril, le bureau de Volker Türk recense « des centaines d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations arbitraires, de disparitions forcées et d’enlèvements commis par toutes les parties au conflit ».

une situation humanitaire catastrophique

Avec plus de 6,4 millions de personnes ayant besoin d’aide, dont 3,5 millions d’enfants, le Mali fait face à l’une des pires crises humanitaires au monde. Selon les dernières données de l’ONU, le pays compte plus de 400 000 déplacés internes et 335 000 réfugiés dans les pays voisins. Le Mali figure parmi les six crises alimentaires les plus graves, aux côtés d’Haïti, de la Palestine, du Soudan du Sud, du Soudan et du Yémen. La situation continue de se dégrader rapidement dans plusieurs zones déjà fragilisées par le désengagement progressif de la communauté internationale.

10-10-2025-UNHCR-Mali (AZnOYRS7AfQPIoujwTaC)

l’afflux des réfugiés burkinabés aggrave la crise

Dans le cercle de Koro, à la frontière avec le Burkina Faso, l’arrivée massive de réfugiés burkinabés exacerbe la pression sur les ressources locales. Depuis avril, près de 50 000 Burkinabés se sont installés dans la région, doublant ainsi la population réfugiée.

Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a ouvert un bureau de terrain à Koro le 16 octobre pour renforcer la coordination et accélérer la réponse humanitaire. Aujourd’hui, le Mali accueille plus de 150 000 réfugiés en provenance du Burkina Faso et du Niger, fuyant à la fois les attaques djihadistes et les opérations militaires menées contre les groupes armés.