23 juillet 2026

Afrique Horizon

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Crise au Mali : le jnim accentue son étau sur Bamako et sabote manantali

Au Mali, l’organisation jihadiste Jnim franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de pression en intensifiant son blocus autour de Bamako et en ciblant délibérément des infrastructures critiques. Au cours du dernier week-end, une dizaine d’autocars ont été réduits en cendres sur l’axe Ségou-Bamako, artère vitale reliant la capitale aux régions orientales du pays. Parallèlement, des attaques ont endommagé des installations électriques associées au barrage de Manantali, dans la région de Kayes, privant la zone d’une partie essentielle de son alimentation énergétique. Malgré les opérations militaires menées par l’armée malienne, l’étau économique se resserre, tandis que les tensions persistent sur plusieurs fronts.

Manantali, un symbole sous le feu des jihadistes

La destruction d’équipements à Manantali n’est pas un simple incident isolé. Ce barrage, géré conjointement par le Mali, la Mauritanie et le Sénégal au sein de l’OMVS (Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal), représente un pilier du réseau électrique malien. En s’attaquant aux lignes d’évacuation, le Jnim ne se contente plus de frapper les forces de sécurité : il porte atteinte à l’économie urbaine, où les coupures de courant paralysent services publics, commerces et industries. Cette tactique s’inscrit dans une logique de guerre de l’usure, initiée il y a plusieurs semaines avec le ciblage systématique des convois de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire.

Les jihadistes misent sur l’aggravation des pénuries pour fragiliser le soutien à la junte dirigée par le colonel Assimi Goïta. Bamako, jusqu’alors relativement épargnée par l’insurrection, devient désormais le cœur d’une bataille d’attrition où chaque infrastructure stratégique est un enjeu majeur.

L’armée malienne en première ligne face à la pression

L’état-major des Forces armées maliennes (FAMa) affirme poursuivre ses opérations terrestres et aériennes sur plusieurs fronts. Ces dernières semaines, des escortes militaires ont permis l’arrivée à Bamako de centaines de camions-citernes, offrant un répit temporaire aux stations-service en tension. Pourtant, cette avancée reste fragile : chaque convoi exige des moyens logistiques colossaux, et la sécurisation durable des axes routiers semble hors de portée à court terme.

Les FAMa font face à une situation complexe, prise en étau entre les actions du Jnim à l’ouest et au centre, où les embuscades et destructions d’infrastructures se multiplient, et les tensions persistantes dans le nord, notamment autour de Kidal. La région, déjà sous tension, pourrait voir éclater de nouveaux affrontements avec les groupes rebelles du Cadre stratégique permanent, ajoutant une couche supplémentaire de défis pour le pouvoir de Bamako.

Une crise qui dépasse les frontières du Mali

Les répercussions de ce blocus s’étendent bien au-delà des frontières maliennes. Les pays voisins, comme le Sénégal, la Mauritanie et la Côte d’Ivoire, subissent les conséquences indirectes de l’affaiblissement des corridors commerciaux ouest-africains. Le ralentissement des échanges pèse sur les ports de Dakar et d’Abidjan, dont une part importante du trafic transite vers l’hinterland sahélien. La Confédération des États du Sahel, regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, peine à coordonner une réponse unifiée face à cette guerre économique menée par les groupes jihadistes.

L’attaque contre Manantali soulève également des questions sur la gestion partagée des infrastructures au sein de l’OMVS. Une aggravation des dommages pourrait impacter directement l’approvisionnement électrique du Sénégal et de la Mauritanie, transformant une crise locale en un problème régional. Les partenaires internationaux, qu’il s’agisse de bailleurs de fonds ou de fournisseurs militaires, se retrouvent face à un dilemme : soutenir la souveraineté du Mali tout en préservant la stabilité des infrastructures transfrontalières.

Sur le terrain, le décalage entre les annonces de l’armée et la réalité d’une capitale sous pression illustre l’ampleur inédite de cette phase du conflit. Le Jnim ne cherche plus seulement à contrôler des territoires : il s’emploie à asphyxier un État. Dans les prochains jours, de nouveaux affrontements sont à craindre, notamment aux abords de Kidal, où la situation reste volatile.