23 juin 2026

Afrique Horizon

Prospective et actualités africaines : économie, diplomatie, développement et souveraineté du continent.

Coopération culturelle renforcée entre l’ima et le Maroc sous l’impulsion d’anne-claire legendre

L’IMA et le Maroc scellent une ambition culturelle commune pour les années à venir

Anne-Claire Legendre a marqué les esprits dès le début de sa visite officielle au Maroc, en soulignant à Casablanca : « c’est ma première mission en tant que présidente de l’Institut du monde arabe (IMA) dans ce pays, terre d’échanges et de patrimoine ». Le Royaume, membre historique de l’institution depuis 1982, incarne pour elle un « partenaire de premier plan », avec lequel l’IMA a tissé au fil des décennies une relation fondée sur la valorisation des trésors culturels marocains.

Cette tournée s’inscrit dans un contexte diplomatique intense entre la France et le Maroc. Lors de son entretien avec le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, la présidente a mis en avant « le rôle central de l’IMA dans le renforcement des liens bilatéraux », en écho à la réunion des chefs de gouvernement prévue en juillet 2026 et à la future visite d’État du roi Mohammed VI en France. L’institution parisienne se positionne ainsi comme un acteur clé de cette dynamique partenariale.

Un agenda chargé pour approfondir les échanges culturels

Le séjour d’Anne-Claire Legendre a débuté à Rabat le 19 juin par un échange approfondi avec Mehdi Bensaid, ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication. La journée s’est poursuivie avec la découverte du site emblématique de Chellah et la visite de l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP), où elle a pu mesurer l’excellence des formations locales. À Casablanca, une rencontre réunissant les responsables des Archives nationales, de la Cinémathèque du Maroc et de l’Institut national supérieur de musique et des arts chorégraphiques (INSMAC) a permis de dresser un état des lieux des collaborations en cours.

La présidente a également rencontré Fihr Kettani, figure majeure des industries culturelles et créatives (ICC), ainsi que des personnalités artistiques comme Meriem Berrada, commissaire du futur pavillon marocain à la Biennale de Venise 2026, et Alexis Sornin, directeur des Musées Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé des arts berbères. Le séjour s’est achevé à Marrakech par l’inauguration du Musée de la photographie et des arts visuels, en présence de Mehdi Qotbi, président de la Fédération nationale des musées.

L’archéologie marocaine sous les projecteurs à Paris

L’archéologie a occupé une place centrale lors des discussions. Visitant l’INSAP, Anne-Claire Legendre a salué « l’expertise marocaine en matière de recherche archéologique », avec plus de 170 étudiants formés sur place. Elle a souligné que l’enjeu pour l’IMA n’est pas la formation, déjà solide au Maroc, mais la « mise en lumière des découvertes », souvent méconnues en Europe. Parmi les sites phares évoqués : Volubilis, Banassa, les traces phéniciennes, l’art rupestre et les récentes avancées sur l’évolution de l’Homo sapiens. Une exposition dédiée à l’archéologie du monde arabe est ainsi envisagée à Paris pour partager ces richesses.

Les industries culturelles et créatives, un levier de croissance

Le Maroc, aux côtés de l’Arabie Saoudite, se distingue dans le monde arabe par son engagement dans les secteurs du jeu vidéo et de l’animation. Anne-Claire Legendre a annoncé que l’IMA contribuera à la Coupe du monde d’Esports organisée en France, une initiative portée par l’Arabie Saoudite. Cette réflexion s’inscrit dans la refonte du musée de l’IMA, prévue à partir de 2027, qui intégrera des outils immersifs et des technologies de gamification pour moderniser l’expérience culturelle.

Trois nouveaux prix annuels seront créés : un pour la mode, un pour le design et un pour l’art contemporain. Ces distinctions, remises lors d’événements parisiens majeurs comme la Fashion Week ou Paris+ par Art Basel, offriront aux talents arabes émergents des résidences, expositions et accompagnements professionnels en France ou dans la région. Cette initiative répond à une demande récurrente des jeunes créateurs marocains rencontrés lors du séjour.

Photographie, littérature et langue arabe : des projets concrets

L’inauguration du Musée de la photographie et des arts visuels de Casablanca concrétise un partenariat ambitieux. L’IMA mettra à disposition sa photothèque, riche de 86 000 clichés dont une large partie documente le Maroc, pour enrichir les collections locales et favoriser les échanges entre les deux institutions.

La langue arabe et la littérature ont également été au cœur des échanges. Anne-Claire Legendre a exprimé sa volonté d’élargir l’enseignement de l’arabe en France, tout en annonçant un travail conjoint avec les partenaires marocains pour identifier et traduire des œuvres de la jeune scène littéraire arabe et marocaine. Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la désignation de Rabat comme capitale du livre arabe en 2026, un titre qui met en lumière le dynamisme culturel du Royaume. Un déficit de visibilité des éditeurs français pour ces œuvres a été souligné.

Deux expositions majeures sont programmées à l’IMA pour le second semestre 2026. La première, « Vive la mariée ! », explorera les rites et objets du mariage à travers les régions du Maroc, y compris leur évolution dans la diaspora. La seconde mettra en lumière l’héritage de l’Alhambra à l’époque nasride et son influence sur l’artisanat et l’architecture marocains contemporains.

Vers une feuille de route culturelle bilatérale ambitieuse

L’ensemble de ces rencontres et projets vise à finaliser une feuille de route de coopération culturelle entre l’IMA et le Maroc. Anne-Claire Legendre a précisé qu’un premier projet avait déjà été proposé et que ce déplacement avait pour objectif de « concrétiser » ce document avec des « objectifs mesurables ». Cette feuille de route s’articulera autour des échéances bilatérales à venir, notamment la réunion des chefs de gouvernement en juillet 2026. Alors que l’IMA s’apprête à célébrer son 40ème anniversaire en 2027, parallèlement à la rénovation de son musée, l’institution s’inscrit dans une nouvelle phase de son histoire, marquée par un renouvellement de ses missions et de ses partenariats.