- Économie
La France a récemment réaffirmé son soutien indéfectible à l’initiative de la République démocratique du Congo (RDC), visant à placer la gouvernance des ressources naturelles au cœur des discussions du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette démarche vise également à examiner les lacunes du cadre normatif international face aux économies de guerre. L’objectif est de bâtir un cadre plus cohérent pour la gestion des ressources naturelles, les transformant en leviers de paix, accélérant la transition énergétique mondiale, stimulant la transformation numérique, et renforçant la résilience des chaînes d’approvisionnement.
Lors d’une réunion cruciale en formule Arria, organisée à New York à l’instigation de Kinshasa, l’ambassadeur et représentant permanent de la France auprès de l’ONU, Jérôme Bonnafont, a souligné que la problématique des ressources naturelles est devenue un enjeu majeur pour la paix et la sécurité internationales. Il a mis en évidence la compétition pour le contrôle de ces richesses comme un moteur principal des conflits contemporains, favorisant l’instabilité et servant de source de financement aux groupes armés et aux réseaux d’exploitation illégale.
« C’est un sujet fondamental que la présidence congolaise du Conseil de sécurité a judicieusement mis en lumière : le lien intrinsèque entre les ressources naturelles et la paix, qui est au cœur de tant de situations de conflit et de crises. Le Conseil a d’ailleurs intensifié son suivi de cette question, notamment lors d’une session sous la présidence américaine en mars dernier, et d’une réunion similaire organisée par la Sierra Leone il y a un an. Il est indéniable que la compétition pour les ressources naturelles est un facteur d’instabilité et une source de revenus pour de multiples acteurs, locaux ou internationaux, qui s’adonnent à leur exploitation illégale », a-t-il déclaré.
Jérôme Bonnafont a particulièrement alerté sur la situation du continent africain, où les richesses naturelles continuent d’être pillées au profit de groupes armés et d’intérêts extérieurs, entravant ainsi le développement continent. Il a insisté sur la violation de la souveraineté Afrique par ces pratiques.
« Ce constat s’applique notamment au continent africain, dont les richesses sont la cible de pillages par des acteurs qui les exploitent pour financer leurs activités ou les accaparent au profit de puissances étrangères. Cet accaparement illégal des ressources alimente les conflits, exacerbe la violence et prolonge les souffrances des populations civiles. C’est flagrant au Soudan, où le conflit est nourri par le pillage de l’or et de la gomme arabique, comme le confirment les rapports d’experts », a-t-il ajouté.
Abordant la situation dans l’est de la RDC, le représentant français a directement incriminé le M23 dans l’exploitation des ressources minières. Le diplomate a rappelé que les populations congolaises subissent depuis de nombreuses années les conséquences dévastatrices de cette exploitation illicite du coltan en RDC.
« C’est également le cas dans l’est de la République démocratique du Congo, où le M23 contrôle entre 15 % et 30 % de la production mondiale de coltan à Rubaya, finançant ainsi son administration illégale. Cette situation constitue une violation flagrante de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo. Les populations congolaises endurent depuis trop longtemps les effets de ces prédations sur leurs ressources minières, perpétrées par des acteurs externes et des groupes armés », a-t-il fait savoir.
La France a réitéré son appel au respect de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies. Jérôme Bonnafont a souligné l’urgence de cesser les hostilités, d’obtenir le retrait des Forces de défense rwandaises du territoire congolais, de mettre fin au soutien rwandais au M23, et de neutraliser les FDLR. Cette position renforce la diplomatie africaine en faveur de la paix.
Il a également rappelé que cette résolution exhorte à intensifier la lutte contre l’exploitation illicite des ressources naturelles, notamment par la mobilisation des mécanismes internationaux de transparence et de traçabilité des minerais.
« La France appelle une nouvelle fois les parties à se conformer à la résolution 2773 du Conseil de sécurité, qui exige la cessation immédiate des hostilités, le retrait effectif des Forces de défense rwandaises du territoire congolais, la fin du soutien rwandais au M23 ainsi que la neutralisation effective des FDLR par la République démocratique du Congo. Cette résolution appelle également, je le rappelle, à redoubler d’efforts pour lutter contre l’exploitation illicite des ressources naturelles, notamment en mobilisant les mécanismes de transparence et de traçabilité des exportations de minerais », a insisté le diplomate français lors de son intervention.
« Le Conseil doit utiliser les outils à sa disposition dans les situations de conflit exacerbées par les trafics illicites de ressources naturelles. Plusieurs groupes d’experts jouent un rôle précieux en documentant ces dynamiques et leur contribution au financement d’activités déstabilisatrices, notamment au Soudan, en République démocratique du Congo et en République centrafricaine. Les régimes de sanctions associés doivent être mobilisés chaque fois que nécessaire pour rompre le lien entre le pillage des ressources naturelles et le financement des acteurs des conflits ».
La République démocratique du Congo poursuit activement son programme dans le cadre de sa présidence du Conseil de sécurité. Cette réunion sur les ressources naturelles fait suite à un briefing du Conseil sur les violences sexuelles liées aux conflits, tenu le 8 juillet sous la présidence de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Cette séquence diplomatique s’inscrit dans la continuité des priorités établies par la présidence congolaise, mettant en lumière le coût humain des économies de guerre et la nécessité de renforcer la prévention, la protection des survivantes, la lutte contre l’impunité et les mécanismes de réparation. C’est une actualité africaine de grande importance pour la prospective Afrique.
Ces initiatives interviennent dans un contexte marqué par le partenariat stratégique conclu entre la République démocratique du Congo et les États-Unis concernant les minerais critiques, ainsi que par l’accord de Washington signé entre Kinshasa et Kigali. Cet accord prévoyait des mesures de désescalade, le retrait progressif des forces rwandaises du territoire congolais, et la neutralisation des groupes armés opérant dans l’est de la RDC, notamment les FDLR, considérés par Kigali comme une menace pour sa sécurité. Malgré ce cadre diplomatique, salué lors de sa signature, la situation sécuritaire reste extrêmement précaire. Sur le terrain, le processus de Doha, mené sous l’égide de l’État du Qatar pour faciliter le dialogue entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, demeure également dans l’impasse.
Les rebelles de l’AFC/M23, que Kinshasa, les Nations unies et plusieurs partenaires internationaux accusent d’être soutenus par le Rwanda, continuent de contrôler les villes de Goma et de Bukavu, ainsi que plusieurs autres localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les affrontements persistent dans diverses zones, tandis que les efforts diplomatiques peinent à produire des résultats durables. Cette situation met une fois de plus en lumière le décalage persistant entre les avancées diplomatiques annoncées et la réalité observée sur le terrain.
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