14 mai 2026

Burkina Faso : une intensification de la répression contre les organisations civiles

Au Burkina Faso, le gouvernement militaire durcit sa politique à l’égard de la société civile. À travers un arsenal législatif de plus en plus restrictif et des mesures administratives punitives, les autorités ciblent désormais de nombreuses organisations nationales et internationales. Cette dynamique vise à restreindre les voix indépendantes ainsi que les structures humanitaires et de défense des droits fondamentaux.

La dissolution massive de 118 organisations

Le 15 avril 2026 a marqué un tournant avec l’annonce de la dissolution de 118 organisations de la société civile par le ministre de l’Administration territoriale. Bien que de nombreuses structures concernées soient actives dans la protection des droits humains, les autorités ont justifié cette décision par un prétendu non-respect de la loi de juillet 2025 sur la liberté d’association. Cette mesure est perçue par les observateurs comme une stratégie pour étouffer toute contestation et éviter un examen critique de la situation sécuritaire et humaine dans le pays.

Parmi les entités dissoutes figurent des organisations opérationnelles telles que l’Action des Chrétiens contre la Torture (ACAT) et la Coalition Burkinabè pour les droits des femmes (CBDF). Pourtant, la législation de 2025 accordait initialement un délai d’un an pour se mettre en conformité, un délai qui n’était pas encore arrivé à son terme au moment de ces dissolutions.

Un environnement législatif sous haute tension

Depuis le coup d’État de septembre 2022, l’espace civique au Burkina Faso ne cesse de se réduire. Plusieurs dispositifs légaux renforcent le contrôle de l’État :

  • La loi de juillet 2025 : Elle impose des contraintes lourdes aux ONG, notamment l’obligation pour les organisations étrangères de nommer des ressortissants burkinabè à des postes de direction stratégiques.
  • Le Code de la famille de septembre 2025 : Ce texte permet de révoquer la nationalité burkinabè de toute personne accusée d’agir contre les intérêts nationaux, créant une menace directe d’apatridie.
  • Le visa statistique : Introduit fin 2025, ce document est désormais obligatoire pour mener la moindre enquête ou recherche, entravant la collecte de données indépendantes.

Pressions sur les médias et les acteurs humanitaires

La répression ne se limite pas aux textes de loi. Les médias indépendants comme France 24 ou la radio Omega ont subi des suspensions, tandis que des journalistes d’investigation, à l’image de Serge Oulon, ont été victimes de disparitions forcées ou d’enrôlements illégaux dans l’armée. Le décret de « mobilisation générale » d’avril 2023 est régulièrement utilisé pour conscrire de force les opposants et les voix critiques sous couvert de lutte contre l’insurrection armée.

Le secteur humanitaire international est également touché. Des organisations comme la Comunità di Sant’Egidio, Diakonia ou Geneva Call ont vu leurs licences révoquées. En août 2025, Carol Flore-Smereczniak, haute fonctionnaire des Nations unies, a été expulsée après la publication d’un rapport onusien sur les droits des enfants. Plus de 70 travailleurs humanitaires ont été détenus depuis 2022, et certains, comme les membres de l’International Group Safety Organization (INSO), ont fait l’objet d’accusations graves d’espionnage avant d’être relâchés.

Dans ce contexte de crise sécuritaire liée aux groupes armés, le droit international rappelle que les libertés d’expression et d’association sont essentielles. Une société civile libre demeure le rempart indispensable contre les dérives de pouvoir et le garant de la protection des populations les plus vulnérables au Burkina Faso.