23 avril 2026

Au gabon, l’usage des pseudonymes sur les réseaux sociaux désormais interdit : qu’en pensent les gabonais ?

Depuis quelques jours, la toile gabonaise s’embrase autour d’une ordonnance gouvernementale qui vient encadrer strictement l’usage des réseaux sociaux dans le pays. Bien que le texte, daté du 26 février, ait été rendu public il y a peu, ses dispositions restrictives suscitent de vives réactions parmi la population.

Parmi les mesures les plus controversées figure l’article 4, qui impose désormais l’interdiction des pseudonymes. Désormais, chaque utilisateur doit obligatoirement s’identifier en indiquant son nom, son prénom, ainsi que son numéro d’identification personnelle (NIP). Pour les entreprises, l’inscription au registre de commerce devient une obligation préalable à toute activité en ligne.

Cette réforme soulève des questions quant à son impact sur la liberté d’expression, déjà fragile, et suscite des débats houleux entre partisans et détracteurs de la mesure. Certains y voient une avancée nécessaire pour lutter contre les dérives en ligne, tandis que d’autres dénoncent une atteinte aux droits fondamentaux.

les réseaux sociaux sous haute surveillance : une mesure justifiée ou liberticide ?

Pour certains Gabonais, cette ordonnance marque un tournant dans la régulation des réseaux sociaux, souvent utilisés comme plateforme de diffamation, d’insultes et de déstabilisation des institutions. C’est notamment le cas de Bienvenue Effayong, un producteur de contenus connu sous le pseudonyme « Bitome » (signifiant « les problèmes » en langue locale), proche du pouvoir en place.

Selon lui, cette loi est une solution efficace pour endiguer les abus en ligne : « Je suis d’accord à 100 %, voire à 1 000 %, car les utilisateurs se cachent derrière des faux comptes, des pseudonymes trompeurs et des profil anonymes pour diffamer, insulter ou même commettre des actes de déstabilisation. Désormais, chacun devra assumer ses propos sans possibilité de se cacher. »

Cependant, cette vision est loin de faire l’unanimité. Marcel Libama, ancien député de la Transition, dénonce une violation flagrante de la liberté d’expression, pourtant protégée par la Constitution gabonaise.

« Cette ordonnance représente un recule majeur pour la démocratie et l’expression libre dans notre pays. Elle va à l’encontre de nos principes constitutionnels et instaure une logique liberticide. Nous n’avons pas besoin d’une telle mesure, qui restreint nos droits fondamentaux »,

affirme-t-il avec fermeté.

une ordonnance applicable immédiatement, mais soumise au parlement

Promulguée en période d’intersession parlementaire, l’ordonnance est entrée en vigueur dès sa publication. Pourtant, elle n’est pas figée : le Parlement gabonais dispose de la possibilité de la modifier, de la ratifier ou de la rejeter lors de la prochaine session.

Le gouvernement justifie cette mesure par la volonté de protéger la jeunesse gabonaise et de mettre fin aux comportements malveillants en ligne, tels que les insultes, la diffamation et les tentatives de déstabilisation des institutions. Depuis février dernier, les réseaux sociaux sont officiellement suspendus au Gabon, une décision qui s’inscrit dans cette logique de contrôle accru.

Cette initiative suscite des interrogations quant à son efficacité réelle et à ses conséquences sur la vie numérique des Gabonais. Entre sécurité en ligne et respect des libertés individuelles, le débat reste ouvert.