27 mai 2026

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Arrestation de l’imam Kindo au Burkina Faso : pourquoi la communauté musulmane s’indigne

arrestation musclée de l’imam Kindo à Ouagadougou : une affaire qui secoue le Faso

Mohamad Ishaq Kindo

Mohamad Ishaq Kindo, figure incontournable du paysage religieux burkinabè, s’est retrouvé au cœur d’une polémique nationale après son interpellation musclée, mardi 26 mai à Ouagadougou. Les circonstances de son arrestation, survenue la veille de l’Aïd al-Kabir, restent floues tandis que la communauté musulmane exige des éclaircissements.

Selon un communiqué de la Fédération des associations islamiques du Burkina Faso (FAIB), publiée peu après l’incident, l’imam Kindo, président des Oulémas sunnites du pays, a été appréhendé « dans des conditions non élucidées » par des forces de sécurité composées de policiers et de militaires encagoulés. La FAIB a immédiatement saisi les autorités pour obtenir des réponses sur les motivations de cette arrestation.

une interpellation violente et des blessés

Un proche de l’imam, présent lors de l’opération, a décrit une scène chaotique : « L’arrestation a eu lieu vers 14h, dans un climat de tension extrême. Les fidèles ont tenté de s’interposer, provoquant des heurts et des blessures parmi eux. »

L’imam Kindo s’était fait remarquer deux jours plus tôt en publiant un enseignement en ligne où il critiquait vivement le projet de loi sur les libertés religieuses, adopté le 19 mars par le gouvernement. Dans cette vidéo largement relayée, il mettait en garde les autorités : « Quiconque cherche à interdire les prières dans l’espace public doit se rappeler qu’aucune force humaine ne peut s’opposer à la volonté divine. »

manifestations et réactions en chaîne

La nouvelle de l’arrestation a provoqué une vague d’indignation dans la capitale. Des centaines de fidèles se sont rassemblés spontanément pour exiger sa libération. Les forces de l’ordre ont dispersé la manifestation à coups de gaz lacrymogènes, selon des témoins. La FAIB a appelé au calme, invitant ses membres à « garder leur sérénité et leur retenue ».

Ibrahim Traoré

Au lendemain de ces événements, alors que la fête de Tabaski était célébrée, le président Ibrahim Traoré a appelé à la vigilance dans un message sur les réseaux sociaux. Il a salué le travail des forces de sécurité engagées contre le terrorisme avant de menacer : « Ceux qui tenteront de saper la cohésion nationale ou de décourager nos combattants devront assumer l’entière responsabilité de leurs actes. » Aucune mention n’a été faite de l’imam Kindo dans cette allocution.

loi sur les libertés religieuses : un texte controversé

L’arrestation de l’imam s’inscrit dans un contexte de tensions autour du projet de loi sur les libertés religieuses, adopté en conseil des ministres le 19 mars. Ce texte, présenté comme une réponse au radicalisme et à l’extrémisme violent, vise à encadrer les pratiques religieuses en ligne et à interdire la construction de lieux de culte dans les administrations publiques, à l’exception des hôpitaux, prisons et casernes.

Mariem Sanogo, directrice générale des Affaires religieuses au Burkina Faso, avait justifié cette réforme en évoquant la nécessité de lutter contre « les discours de haine et les dérives en ligne ». L’État burkinabè, laïc, affirme que cette loi vise à renforcer la cohésion nationale tout en maintenant l’égalité entre les confessions. Cependant, le texte suscite des interrogations quant à son application et à ses potentielles restrictions des libertés.

Depuis le coup d’État de 2022 mené par Ibrahim Traoré, plusieurs voix critiques du régime ont disparu ou été réduites au silence. Les autorités justifient cette politique répressive par la lutte contre le djihadisme qui frappe le pays depuis plus d’une décennie. Le Burkina Faso, dirigé par une junte militaire, reste sous haute tension alors que l’instabilité sécuritaire persiste.