Le 39ᵉ sommet de l’Union africaine (UA) s’est achevé sous le signe d’une résolution sans équivoque : faire taire les armes et exclure définitivement toute légitimité des changements de pouvoir par la force. Pourtant, la question persiste : cette ambition est-elle réaliste à l’heure où d’anciens auteurs de coups d’État accèdent au pouvoir via les urnes ?
Un sommet sous haute tension : l’UA face à ses propres contradictions
Lors de cette rencontre historique à Addis-Abeba, les dirigeants africains ont adopté une position ferme : plus aucun coup d’État ne sera toléré, y compris lorsque leurs auteurs parviennent, par des élections, à se maintenir au pouvoir. Une déclaration qui interroge sur la cohérence des institutions continentales.
Pour éclairer ce débat, Paul-Simon Handy, chercheur camerounais et directeur régional de l’Institut d’études de sécurité (ISS) pour l’Afrique de l’Est, a partagé son analyse lors d’un entretien exclusif. Spécialiste des transitions politiques, il décrypte les enjeux de cette résolution et ses implications pour le continent.
Les élections des putschistes : un paradoxe à résoudre
La formule est sans appel : « Il n’est pas acceptable que des auteurs de coup d’État soient élus démocratiquement ». Pourtant, cette situation s’est produite à plusieurs reprises ces dernières années, posant un défi majeur à la crédibilité de l’UA. Comment justifier une tolérance zéro face aux coups d’État tout en acceptant que leurs instigateurs accèdent au pouvoir par les urnes ?
Paul-Simon Handy souligne les risques de cette ambiguïté : « Une fois au pouvoir, ces dirigeants instrumentalisent les processus électoraux pour légitimer leur prise de contrôle initiale. Cela crée un précédent dangereux pour la stabilité politique du continent. »
Faire taire les armes : un objectif réalisable ?
Le sommet a également réaffirmé l’engagement de l’UA à faire taire les armes d’ici 2030, un objectif ambitieux qui suscite des interrogations. Quels mécanismes concrets peuvent être mis en place pour y parvenir ?
Le chercheur camerounais propose une piste : « L’UA doit renforcer ses outils de médiation et de prévention des conflits, tout en conditionnant toute reconnaissance internationale à des critères démocratiques stricts. »
Il insiste également sur la nécessité d’une coordination régionale renforcée, notamment pour éviter que des pays ne servent de refuge aux putschistes ou ne financent indirectement des régimes illégitimes.
L’Afrique de l’Est en première ligne
En tant que directeur régional de l’ISS pour l’Afrique de l’Est, Paul-Simon Handy met en lumière les dynamiques spécifiques de cette région, souvent en proie à des instabilités chroniques. Ses observations révèlent un constat préoccupant : malgré les déclarations d’intention, les coups d’État restent une menace persistante.
Pour lui, la solution passe par une approche globale, combinant sanctions ciblées, soutien aux sociétés civiles et promotion d’alternatives politiques crédibles. « La stabilité ne se décrète pas, elle se construit. »
Quels enseignements pour l’avenir du continent ?
Ce sommet marque un tournant dans la politique africaine, mais son succès dépendra de la capacité des États membres à appliquer ces principes. La question reste entière : l’UA parviendra-t-elle à concilier fermeté et pragmatisme dans sa gestion des transitions politiques ?
Une chose est sûre : les prochains mois seront décisifs pour évaluer la portée réelle de cette résolution. En attendant, le débat sur la légitimité des putschistes élus continue de diviser les opinions, tant en Afrique qu’à l’international.
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