Avec une croissance record de 16 % enregistrée en 2025, le port autonome d’Abidjan confirme son statut de plateforme logistique majeure pour les échanges avec l’hinterland sahélien. Malgré le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO, la Côte d’Ivoire renforce activement ses relations commerciales avec ces trois pays enclavés, dépendants à plus de 80 % de ses infrastructures portuaires pour leurs approvisionnements.
Performance historique et attractivité régionale
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, le trafic global du port a progressé de 16 %, dépassant les prévisions initiales. Cette performance s’explique par l’efficacité des corridors existants, mais aussi par la mise en place de nouvelles solutions logistiques. Le port d’Abidjan s’impose désormais comme le premier hub portuaire d’Afrique de l’Ouest francophone, devançant ses concurrents directs comme Lomé ou Cotonou. Les investissements consentis par les autorités ivoiriennes et les opérateurs privés ont permis d’accroître significativement la capacité de traitement et de réduire les délais d’attente pour les navires.
Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie globale visant à positionner la Côte d’Ivoire comme un acteur clé du commerce transsaharien, malgré les incertitudes politiques régionales.
Un corridor multimodal pour fluidifier les échanges avec Bamako
Dès avril 2025, un nouveau corridor commercial multimodal a été inauguré entre Abidjan et Bamako, via le port sec de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso. Ce projet, porté par Africa Global Logistics, combine transport routier et ferroviaire pour optimiser les flux de marchandises à destination du Mali. Une initiative saluée par les opérateurs économiques, qui bénéficient désormais d’un itinéraire plus rapide et moins coûteux pour leurs importations et exportations.
Pour soutenir ce projet, le gouvernement burkinabè a alloué près de 200 milliards de francs CFA dans son budget 2026 afin de rénover l’axe routier reliant Ouagadougou à Bobo-Dioulasso. Ces travaux, prévus sur plusieurs mois, devraient permettre de réduire les temps de transit et les coûts logistiques, renforçant ainsi l’attractivité de ce corridor.
Numérisation douanière : un levier pour booster les échanges
Autre avancée majeure, la Côte d’Ivoire a supprimé les visas douaniers physiques dès le 31 mars 2025 pour les marchandises transitant vers le Mali et le Burkina Faso. Cette réforme s’accompagne du déploiement du système numérique SIGMAT, interconnecté avec les douanes burkinabè, pour sécuriser et accélérer les opérations de dédouanement. Grâce à cette digitalisation, les opérateurs peuvent désormais effectuer leurs déclarations en ligne, éliminant les files d’attente aux frontières et réduisant les délais administratifs.
Cette modernisation s’inscrit dans un plan plus large de simplification des procédures douanières, visant à renforcer la compétitivité du port d’Abidjan face à ses concurrents régionaux.
Côte d’Ivoire : un pivot économique en Afrique de l’Ouest
Première économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, la Côte d’Ivoire mise sur ses infrastructures portuaires pour consolider son rôle de plateforme commerciale régionale. Le pays dispose de deux grands ports : Abidjan, spécialisé dans le trafic conteneurisé et les marchandises en transit vers les pays sahéliens, et San Pedro, dédié à l’exportation de cacao et de bois.
Les projets de modernisation se multiplient. En avril 2025, les Pays-Bas ont annoncé un investissement de 196 milliards de francs CFA pour moderniser les infrastructures portuaires de San Pedro et d’Abidjan. Parallèlement, le groupe belge Sea Invest a confirmé de nouveaux investissements visant à porter la capacité des ports ivoiriens à 11 millions de tonnes de marchandises dès 2026.
Un enjeu stratégique pour les pays enclavés du Sahel
Pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger, l’accès aux ports de la côte atlantique reste une question vitale. Ces trois États enclavés dépendent des corridors routiers passant par la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Togo ou le Ghana pour leurs approvisionnements en produits pétroliers, denrées alimentaires et équipements industriels.
Malgré le retrait des trois pays sahéliens de la CEDEAO en janvier 2024, le port d’Abidjan continue de jouer un rôle central dans le maintien des flux commerciaux. Les autorités ivoiriennes misent sur la compétitivité tarifaire et la rapidité des procédures pour conserver leur leadership, face à la concurrence des ports béninois et togolais, également actifs sur les corridors sahéliens.
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