La situation à la frontière entre le Niger et le Bénin est sur le point de connaître un revirement significatif après trois années de fermeture. La récente visite du Premier ministre nigérien, Ali Lamine Zeine, à Cotonou, où il a assisté à l’investiture du nouveau chef d’État béninois, Romuald Wadagni, a rétabli un canal de communication politique direct entre Niamey et Cotonou. Devant ses hôtes, le dirigeant nigérien a évoqué l’ouverture d’une « nouvelle voie » pour les deux pays, une expression diplomatique marquant le début d’un dégel suite à la crise ouverte après le coup d’État de juillet 2023.
La fermeture du poste-frontière de Malanville, point névralgique des échanges commerciaux bilatéraux, avait été une conséquence directe des sanctions imposées par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) au régime militaire nigérien. Depuis lors, les flux d’hydrocarbures, de denrées alimentaires et de diverses marchandises ont été réorientés via le Burkina Faso et le Togo, entraînant une augmentation considérable des coûts logistiques pour les opérateurs des deux nations.
Impact économique majeur : les répercussions de la fermeture frontalière
Le port de Cotonou a longtemps constitué un accès maritime essentiel pour l’économie nigérienne, structurellement enclavée. Son exclusion a lourdement pesé sur les recettes douanières béninoises et a compliqué l’approvisionnement de Niamey, surtout après l’inauguration du pipeline d’exportation de pétrole brut reliant Agadem au terminal béninois de Sèmè-Kpodji. Le litige concernant cette infrastructure, gérée en partenariat avec la China National Petroleum Corporation (CNPC), a exacerbé la méfiance entre les deux capitales en 2024, illustrant les défis de la diplomatie africaine.
Pour les habitants des zones frontalières, la fermeture a provoqué une asphyxie économique, ces localités dépendant largement du transit commercial. Les acteurs de l’économie informelle, qu’il s’agisse de transporteurs ou de commerçants, ont contourné les restrictions en empruntant des pistes secondaires, alimentant ainsi un marché parallèle difficilement contrôlable. Un ancien conseiller technique au Niger, Olivier Vallée, a souligné que la réouverture officielle apporterait un soulagement immédiat aux ménages des deux côtés de la frontière, contribuant au développement continental.
Enjeux sécuritaires : la prudence des deux capitales
Cependant, la dimension sécuritaire demeure un point de discorde majeur. Les autorités béninoises font face à une recrudescence des activités de groupes armés liés à l’État islamique au Sahel et au Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) dans le nord du pays, notamment au sein des parcs nationaux du W et de la Pendjari. Cotonou craint qu’une réouverture non maîtrisée du poste de Malanville ne facilite la circulation de combattants et le réapprovisionnement logistique des cellules terroristes implantées dans la zone des trois frontières.
Du côté nigérien, une méfiance similaire persiste. Les autorités de transition reprochent au Bénin d’avoir toléré, après le coup d’État de 2023, la présence sur son territoire d’éléments perçus comme hostiles au pouvoir militaire. Niamey a régulièrement formulé des accusations concernant l’existence de bases d’entraînement, allégations que les autorités béninoises ont toujours démenties. Ce climat de suspicion mutuelle explique pourquoi, des deux côtés, on redoute encore les infiltrations, qu’elles soient d’ordre jihadiste ou politique, un défi constant pour la souveraineté Afrique.
Vers un dégel conditionnel : l’avenir des relations bilatérales
L’arrivée de Romuald Wadagni à la tête de l’État béninois modifie en partie la donne. Cet ancien ministre des Finances, réputé auprès des institutions financières internationales, hérite d’un dossier où les impératifs économiques plaident en faveur d’un apaisement rapide. La reprise complète des exportations de pétrole brut nigérien via le terminal béninois représente, pour les deux trésors publics, un enjeu financier se chiffrant en centaines de milliards de francs CFA par an, un moteur essentiel pour la prospective Afrique.
Le calendrier précis de la réouverture reste néanmoins incertain. Plusieurs étapes techniques sont attendues, incluant la mise en place de protocoles de contrôle renforcés à Malanville, l’éventuelle réactivation d’une commission mixte de sécurité et la clarification du statut des ressortissants des deux pays bloqués depuis 2023. Le retour du Niger dans une dynamique de coopération régionale, alors même que Niamey a quitté la Cédéao avec le Mali et le Burkina Faso pour fonder la Confédération des États du Sahel, ajoute une couche de complexité institutionnelle à cette actualité africaine. Ce geste posé à Cotonou constitue le signal politique le plus tangible depuis le début de la crise.
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