14 mai 2026

Tentative de coup d’état au Bénin : patrice talon résiste à une mutinerie militaire

une tentative de putsch avortée à Cotonou

Un groupe de soldats mutinés a brièvement pris le contrôle de la télévision publique béninoise (SRTB) à Cotonou ce dimanche 7 décembre 2025, affirmant avoir renversé le président Patrice Talon. Alors que le chef de l’État, âgé de 67 ans et prévu pour quitter le pouvoir en avril 2026 après deux mandats, était mis à l’abri, les forces loyales reprenaient progressivement les points stratégiques de la capitale économique. Selon des sources sécuritaires, les assaillants avaient d’abord tenté de s’infiltrer dans sa résidence privée du quartier Guézo avant d’être repoussés. En milieu de journée, Cotonou était placée sous haute surveillance, avec des hélicoptères en patrouille et des barrages militaires, tandis que la situation retrouvait progressivement son calme.

un discours présidentiel ferme et des victimes civiles

Dans une allocution télévisée diffusée en soirée, Patrice Talon a qualifié ces événements de « gravité extrême » et promis que « cette trahison ne restera pas impunie ». Le président a également révélé que des « personnes » étaient encore détenues par les mutins en fuite, insistant sur la nécessité de sécuriser totalement la situation et de protéger les populations. Par ailleurs, l’épouse du général Bertin Bada, directeur du cabinet militaire présidentiel, a été tuée lors d’une attaque contre leur domicile à Abomey-Calavi. Sa fille, visée par les tirs, en a réchappé.

les mutins justifient leur action par des griefs politiques

Les premiers échanges de tirs ont retenti à l’aube. Selon plusieurs sources, un groupe de militaires, soutenus par des « éléments extérieurs » présumés mercenaire, a tenté de s’emparer des résidences de hauts gradés avant de se diriger vers la résidence présidentielle et le palais présidentiel. Les insurgés ont alors pris le contrôle de la SRTB, où ils ont diffusé un message annonçant la création d’un « Comité militaire pour la refondation », dirigé par le lieutenant-colonel Pascal Tigri. Ce dernier a proclamé Patrice Talon « démissionnaire » et suspendu la Constitution et les institutions, invoquant des motifs comme la « privation de droits électoraux », des « lois antisociales » et des « exils forcés ».

réactions internationales et contre-offensive

Dès les premières heures, les ambassades des États-Unis et de la France ont alerté leurs ressortissants sur des « échanges de tirs » dans le quartier Guézo. Rapidement, la garde républicaine, fidèle au président, a lancé une contre-attaque pour reprendre les positions clés. L’accès à la marina, où se situe le palais présidentiel, a été verrouillé, tandis que des hélicoptères quadrillaient la zone et que des axes majeurs de Cotonou étaient fermés. Le gouvernement béninois a sollicité l’aide de l’armée nigériane, qui a déployé des avions de chasse et des troupes au sol pour sécuriser la télévision publique et un camp militaire occupé par les mutins.

une situation confuse et des tensions persistantes

Pendant plusieurs heures, un épais brouillard informationnel a enveloppé la capitale. Les réseaux sociaux, notamment TikTok, Facebook et les groupes WhatsApp, ont relayé des rumeurs plus vite que les autorités ne communiquaient. En début d’après-midi, les détonations avaient cessé, et la police occupait les grands carrefours du centre-ville. Des témoins ont décrit une atmosphère marquée par l’inquiétude et une prudente attente. « On ne sait toujours pas exactement ce qui s’est passé », confie une habitante du quartier Cimetière PK-14. D’autres craignent des répliques.

le Bénin, nouvelle cible des coups d’état en afrique de l’ouest

Cette tentative de putsch survient à un moment critique pour le Bénin, longtemps considéré comme un îlot de stabilité en Afrique de l’Ouest. Dix jours après le coup d’État en Guinée-Bissau et moins de deux mois après celui à Madagascar, le pays rejoint la liste des régimes démocratiques régionaux menacés par les militaires : Niger, Burkina Faso, Mali, Guinée, et même la Guinée-Bissau, frappée à neuf reprises depuis 2020.

condamnations unanimes de la cedéao et de l’union africaine

La tentative de putsch a immédiatement suscité des condamnations sans appel de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union africaine (UA). Cette dernière a dénoncé un acte « fermement et sans équivoque » contre l’ordre constitutionnel, exhortant les militaires impliqués à regagner leurs casernes. Dans un communiqué publié sur X, le président de la Commission panafricaine, Mahamoud Ali Youssouf, a appelé à « cesser immédiatement toute action illégale » et à « retourner sans délai à leurs obligations ».

Pour sa part, la CEDEAO a annoncé le déploiement immédiat de troupes au Bénin. L’organisation régionale a ordonné l’envoi d’éléments de sa Force en attente, avec des contingents en provenance du Nigeria, de la Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire et du Ghana, afin de soutenir « le gouvernement et l’armée républicaine » et préserver l’ordre constitutionnel.

présidentielle et sécurité : un contexte explosif

À quelques mois de la présidentielle d’avril 2026, qui marquera la fin du mandat de Patrice Talon, le Bénin fait face à des défis majeurs. Le nord du pays reste sous la menace des attaques djihadistes, comme en témoignent les 54 soldats tués en avril dernier. Sur le plan politique, le président, ancien magnat du coton, quittera le pouvoir après deux mandats, conformément à la Constitution. Son camp a d’ores et déjà désigné son successeur : le ministre des Finances Romuald Wadagni, architecte des politiques économiques des dix dernières années.

Cependant, la récente révision constitutionnelle, créant un Sénat et prolongeant les mandats de cinq à sept ans, alimente les débats et les critiques. L’élimination du candidat phare de l’opposition, Les Démocrates, et l’adoption de cette réforme renforcent la position du camp au pouvoir, malgré le maintien de la limite des deux mandats. À l’approche du scrutin, ces tensions pourraient encore s’aggraver.

Des sources proches des mutins évoquent des griefs politiques contre le pouvoir actuel, dénonçant une gouvernance jugée « excluante ». La question des éventuels commanditaires de cette tentative de coup d’État reste ouverte, révélant peut-être des fractures profondes au sein de l’armée et du paysage politique béninois.