15 juillet 2026

Afrique Horizon

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Tensions diplomatiques : l’Ukraine visée par des accusations russes en rdc

Un échange verbal tendu entre Moscou et Kiev s’invite en Afrique de l’Est

Une escale diplomatique en Burundi a servi de théâtre à un nouveau bras de fer entre la Russie et l’Ukraine. Le 10 juillet, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue burundais Édouard Bizimana, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a lancé une accusation sans précédent. Il a évoqué la présence de « ressortissants ukrainiens » aux côtés du mouvement armé M23 dans l’est de la République démocratique du Congo, en collaboration avec Kinshasa et Bujumbura. Dès le lendemain, Kiev a balayé ces allégations, dénonçant une manoeuvre de désinformation.

Cette déclaration intervient alors que Sergueï Lavrov était en déplacement en Afrique pour renforcer les liens avec plusieurs capitales africaines, à la veille du troisième Sommet Russie-Afrique prévu à Moscou fin octobre. L’Union africaine, dont la présidence tournante est assurée par le président burundais Évariste Ndayishimiye, était également au cœur des discussions.

Des accusations non étayées face à un démenti immédiat

Le chef de la diplomatie russe a évoqué, lors de cette même conférence, une « agression » du M23, qualifiant ce soutien de « organisé par des acteurs étrangers, y compris ukrainiens ». Pourtant, aucune preuve tangible n’a été présentée pour étayer ces propos. Le mouvement armé, déjà sous sanctions des Nations unies, occupe depuis janvier 2025 de vastes zones des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, après avoir pris le contrôle de Goma. Plusieurs rapports onusiens pointent plutôt du doigt l’implication des Forces de défense rwandaises dans son approvisionnement logistique et militaire.

Le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Heorhii Tykhyi, a réagi avec fermeté. Il a qualifié les déclarations de Sergueï Lavrov de « pure désinformation », tout en accusant à son tour Moscou de violer les embargos internationaux en armant des groupes armés et en recrutant des mercenaires sur le continent africain. Selon lui, ces accusations serviraient les intérêts russes pour discréditer les efforts de médiation américains dans la région des Grands Lacs.

Le précédent malien : un dossier qui pèse sur la crédibilité de Kiev

Ces accusations contre l’Ukraine ne sont pas isolées. En juillet 2024, un convoi mixte composé de mercenaires russes de Wagner et de soldats maliens a été pris dans une embuscade dans le nord du Mali, attribuée à des groupes rebelles touaregs et au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Les assaillants ont revendiqué la mort de plusieurs dizaines de combattants des deux camps.

Quelques jours plus tard, le porte-parole du renseignement militaire ukrainien (GUR), Andriï Yusov, a affirmé que les rebelles avaient reçu des informations cruciales de la part de ses services. Cependant, Kiev a rapidement fait marche arrière, sans parvenir à rassurer ni Bamako, ni Niamey. Le Mali et le Niger ont choisi de rompre leurs relations diplomatiques avec l’Ukraine dès août 2024, une décision bientôt suivie par le Burkina Faso. Depuis, Bamako a porté ce litige devant le Conseil de sécurité des Nations unies.

Une ambiguïté récurrente : le cas du Soudan

Le scénario s’est répété au Soudan, où la guerre civile oppose depuis avril 2023 l’armée gouvernementale aux Forces de soutien rapide (FSR). Dès la fin 2023, des rumeurs évoquaient la présence d’une unité spéciale ukrainienne, baptisée « Timur », sans confirmation officielle. En janvier 2024, des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montraient des frappes de drones ciblant des mercenaires russes et leurs alliés locaux. En octobre 2025, l’armée soudanaise a annoncé avoir éliminé des combattants étrangers, parmi lesquels des Colombiens et des Ukrainiens, aux côtés des FSR lors des combats pour le contrôle d’El-Fasher.

Ces précédents historiques fragilisent la position ukrainienne dans le dossier du M23. Contrairement au Mali ou au Soudan, aucune source crédible, officielle ou non, n’a encore établi de lien entre Kiev et le mouvement armé congolais. À ce stade, les allégations de Sergueï Lavrov restent donc sans fondement documenté, tandis que le ministre russe poursuit sa tournée africaine en vue du Sommet Russie-Afrique.