2 juin 2026

Afrique Horizon

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Tchad : quand la gouvernance transforme les conflits en spectacle

Tchad : quand la gouvernance transforme les conflits en spectacle

En 2026, mourir pour accéder à l’eau dans le Tchad contemporain n’est ni une malédiction ni un héritage du passé, mais la conséquence directe d’un système politique qui perpétue l’instabilité.

Tchad : quand la gouvernance transforme les conflits en spectacle

Depuis trois décennies et demie, la scène politique tchadienne suit un scénario immuable. Les acteurs changent, les discours s’adaptent, mais la réalité quotidienne reste inchangée : un cycle de violences intercommunautaires qui se répète sans fin. Les responsables se succèdent, souvent issus des mêmes familles, mais la couleur du sang versé chaque jour reste la même : celle de l’échec collectif. Plutôt que de résoudre les tensions, on les théâtralise. On mise sur les déplacements médiatiques, les cortèges de véhicules blindés soulevant des nuages de poussière, et les promesses creuses plutôt que sur une administration juste et fonctionnelle. Analyse d’un système qui prospère dans le désordre.

La gestion des crises : une mise en scène coûteuse et inefficace

Lorsqu’un différend éclate autour d’un point d’eau ou d’un pâturage, la réponse des autorités prend systématiquement des allures de spectacle. On assiste à l’arrivée de convois officiels, à des cérémonies de médiation orchestrées comme des pièces de théâtre, et à des déclarations pleines de paternalisme. Pourtant, une fois que le nuage de poussière soulevé par les 4×4 s’est dissipé, il ne reste rien. Si ce n’est l’amertume d’une population abandonnée à son sort. Le coût de ces opérations est exorbitant : un seul déplacement présidentiel ou une mission de pacification ostentatoire suffirait à financer des centaines de forages modernes, offrant à des milliers de familles un accès durable à l’eau. Mais construire des infrastructures pérennes, c’est risquer de priver les dirigeants de leur rôle de « sauveurs ». Alors, on préfère entretenir la dépendance des citoyens en maintenant délibérément des institutions faibles.

Des institutions affaiblies, une justice absente

Dans bien des pays, les chefs d’État ne se déplacent pas pour régler des querelles locales, non par indifférence, mais parce que le pays fonctionne sans eux. Au Tchad, en revanche, le pouvoir politique a délibérément affaibli la justice pour mieux la contrôler. Une justice indépendante représente une menace pour ceux qui gouvernent par l’arbitraire. En refusant de permettre aux tribunaux de trancher les conflits de manière équitable, l’État force les citoyens à recourir à la violence pour défendre leurs droits. Mourir pour un puits aujourd’hui n’est ni une fatalité ni une tradition ancestrale ; c’est le résultat d’un vide institutionnel savamment entretenu. L’échec de la gouvernance tchadienne est total, car elle préfère gérer des crises éphémères plutôt que de bâtir un pays uni et prospère.