Avec une frontière de plus de 400 kilomètres avec le Mali, le Sénégal adapte sa politique de sécurité pour contrer la propagation des menaces terroristes dans la région du Sahel. Face à l’instabilité persistante au Mali, Dakar mise sur des dispositifs militaires et des alliances stratégiques pour protéger ses citoyens et ses intérêts.
La situation au Mali inquiète au plus haut point le gouvernement sénégalais. Plusieurs transporteurs locaux bloqués dans le pays voisin et des camions incendiés après des attaques récentes ont poussé les autorités à renforcer leur vigilance. Sans pour autant alerter publiquement, les responsables du ministère des Affaires étrangères assurent suivre « de très près la situation, notamment pour les acteurs du transport. À ce jour, aucune demande de rapatriement n’a été formulée, mais notre attention est constante », confie un cadre du département.
Renforcement des infrastructures et des unités mobiles
Dans les régions de Tambacounda et de Kédougou, au sud-est du pays, des investissements majeurs ont été engagés pour sécuriser les zones frontalières avec le Mali. En avril 2026, trois nouveaux points d’appui ont été inaugurés pour le Groupe d’action et d’intervention rapide (Garsi 2) de Saraya, financé par l’Union européenne. Ces infrastructures visent à réduire les temps d’intervention et à améliorer la réactivité des forces de sécurité dans une zone où la porosité des frontières rend la surveillance complexe.
Un officier supérieur de l’armée explique : « Nos 420 kilomètres de frontière avec le Mali ne permettent pas une présence militaire permanente à chaque mètre. Nous ciblons les points de passage stratégiques et les points d’appui nous offrent une capacité de réaction immédiate en cas de menace. Le Garsi 2, opérationnel et bien équipé, dispose de deux bases : une à Kidira et une autre à Saraya, près de Kédougou. Leurs patrouilles combinées couvrent efficacement les zones à risque. »
Le Cico, un pilier de la coordination anti-terroriste
Le Sénégal a également mis en place le Cadre d’intervention et de coordination interministériel (Cico), un dispositif clé pour organiser la réponse de l’État en cas d’attaque. Ce cadre garantit la mobilisation rapide des moyens nécessaires : hôpitaux, ambulances, forces de l’ordre, hélicoptères et unités militaires. « Coordonner ces actions demande une organisation rigoureuse. Le Cico a été créé pour centraliser et optimiser ces réponses », souligne un responsable.
Ces derniers mois, les initiatives se sont multipliées : création d’un état-major légion à Kédougou, déploiement de sections de recherches et renforcement des infrastructures techniques. Ces efforts s’inscrivent dans une logique de souveraineté africaine et de développement continental, où la sécurité est une priorité absolue.
Un budget défense parmi les plus élevés d’Afrique
Le Sénégal alloue des ressources considérables à sa défense. Entre 2020 et 2025, le pays s’est classé au deuxième rang des importateurs d’armes en Afrique subsaharienne, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, avec 8,8 % des importations régionales. Parmi les acquisitions notables : des véhicules blindés Puma M36 sud-africains, conçus pour résister aux mines et aux engins explosifs improvisés, inspirés des leçons des conflits sahéliens. Des contrats significatifs ont également été signés avec la Turquie en 2025 pour moderniser les équipements militaires.
La cohésion sociale, un rempart contre l’extrémisme
Au-delà des dispositifs militaires, la résilience du Sénégal repose aussi sur des facteurs sociaux et culturels. Le professeur Bakary Sambe, de l’Institut Timbuktu, souligne que « les communautés ethniques et religieuses du pays vivent en harmonie, ce qui limite l’influence des groupes djihadistes comme le JNIM. À Kédougou, la cohésion entre Bassari, Bédik et Peuls, renforcée par des mariages mixtes et un respect mutuel, forme un véritable bouclier culturel contre les stratégies de division ».
Les confréries religieuses jouent également un rôle crucial. Même si leur influence est moins marquée dans les zones frontalières, leur collaboration avec les autorités locales contribue à prévenir la radicalisation. « Les chefs religieux sont des acteurs incontournables dans la lutte contre l’extrémisme. Leur travail avec le gouvernement et les leaders communautaires renforce la stabilité », ajoute Bakary Sambe.
Une diplomatie africaine proactive
Le président Bassirou Diomaye Faye a réaffirmé l’engagement du Sénégal en faveur d’une diplomatie africaine unie face au terrorisme. Lors d’une déclaration récente, il a insisté sur la nécessité de « synergies et d’échanges de renseignements pour contrer une menace qui ne connaît pas de frontières ». Il a rappelé que le Sénégal ne peut rester indifférent à la crise malienne, deux pays partageant une histoire et un destin communs depuis l’indépendance.
Le chef de l’État a salué la création par la CEDEAO d’une force en attente, tout en regrettant le retrait de certains États du Sahel de l’organisation régionale. « Le peuple malien peut compter sur la solidarité active du Sénégal, par le dialogue et l’action. Nous sommes prêts à œuvrer pour le retour de la paix au Mali, même si certains aspects doivent rester discrets », a-t-il déclaré. Les échanges de renseignements et les patrouilles conjointes entre le Sénégal et le Mali se poursuivent pour assurer une sécurité optimale.
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