3 juin 2026

Afrique Horizon

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Sénégal : Sonko relance la bataille politique au sein de pastef

Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a opté pour une stratégie offensive. À travers des meetings et des prises de parole répétées, le leader de pastef multiplie les critiques acerbes envers ses adversaires, mais aussi envers certains alliés au sein même du pouvoir. Cette dynamique s’observe alors que la collaboration entre le chef du gouvernement et le président Bassirou Diomaye Faye suscite des interprétations divergentes dans la presse ouest-africaine. À Dakar comme à l’international, les analystes analysent l’évolution des équilibres internes au sein de cette formation arrivée au pouvoir en mars 2024.

Un virage dans la communication politique à Dakar

Le langage adopté ces derniers temps par le Premier ministre contraste avec la prudence affichée lors des premiers mois de son mandat. Ousmane Sonko règle publiquement ses comptes avec une partie de la classe politique sénégalaise, ciblant aussi bien l’ancien régime que des personnalités de la société civile qu’il accuse de manœuvres obscures. Cette approche, examinée dans les médias africains, vise à reconquérir l’espace médiatique et à réaffirmer son leadership au sein de la coalition au pouvoir.

En pratique, le numéro deux de l’exécutif s’adresse en priorité à ses militants. Le parti pastef, dissous puis réhabilité avant l’élection présidentielle, conserve un poids politique majeur dans les grandes agglomérations et auprès des jeunes. En relançant un discours de rupture, Sonko cherche à renforcer une légitimité issue des élections législatives de novembre 2024, qui avaient confirmé l’ancrage de son mouvement au Parlement.

Des proches écartés des postes clés de l’État

L’intervention du Premier ministre survient dans un contexte particulier. Plusieurs de ses soutiens, considérés comme des piliers du projet pastef, n’ont pas obtenu les postes attendus au sein du gouvernement ou des structures administratives stratégiques. Cette mise à l’écart nourrit, en interne, un sentiment de dilution du programme originel au profit de compromis jugés trop conciliants avec les équilibres antérieurs.

Les tensions restent voilées, mais elles se font sentir. Plusieurs cadres historiques du parti, discrets depuis l’arrivée au pouvoir, voient leur influence s’amenuiser au profit de profils technocratiques recrutés autour de la présidence. En s’exprimant directement à ses partisans, Sonko souhaite rappeler que l’ADN idéologique du pouvoir reste celui de pastef. Cette manœuvre vise autant à rassurer les militants déçus qu’à envoyer un message clair au palais présidentiel.

Un conflit de leadership aux répercussions régionales

Au-delà des frontières nationales, cette rivalité larvée entre la Primature et la présidence intéresse les diplomaties de la sous-région. Le Sénégal joue un rôle clé dans une Afrique de l’Ouest fragilisée par les crises sahéliennes et par la refonte de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Toute instabilité au sommet de l’État sénégalais aurait des conséquences sur la diplomatie régionale, notamment dans les efforts de médiation menés avec les juntes du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Pour les investisseurs et les partenaires financiers, la cohérence du duo exécutif constitue un élément déterminant. Les discussions en cours avec le Fonds monétaire international (FMI) sur la gestion de la dette, après la révélation d’une situation budgétaire dégradée héritée de l’ère Macky Sall, exigent une communication unifiée de l’exécutif. Pourtant, les déclarations du Premier ministre, perçues comme une affirmation de son leadership personnel, risquent de brouiller le discours officiel concernant la trajectoire budgétaire et les réformes structurelles annoncées dans le cadre du référentiel Sénégal 2050.

Néanmoins, Ousmane Sonko dispose d’atouts majeurs. Sa majorité parlementaire, son attrait auprès des moins de trente ans et son emprise sur l’appareil partisan lui offrent une marge de manœuvre exceptionnelle pour un chef de gouvernement. La question qui se pose désormais est de savoir si cette offensive oratoire annonce un remaniement, un ajustement programmatique ou simplement une consolidation de son autorité au sein de sa propre famille politique. Cette séquence marque indéniablement une nouvelle étape dans la vie politique sénégalaise.