Le gouvernement du Sénégal a lancé une opération de grande envergure pour redonner vie à 25 infrastructures publiques livrées mais jamais exploitées. Ces réalisations, évaluées à 279 milliards de francs CFA, représentent un potentiel économique et social inexploité. Leur inertie prolongée illustre un dysfonctionnement récurrent dans la gestion des projets publics : l’absence de lien entre la phase de construction et celle de l’utilisation concrète.
Un inventaire minutieux des actifs inactifs
L’audit mené par les services de l’État a permis de catégoriser ces infrastructures en fonction de leur état et de leur vocation initiale. Bureaux administratifs, équipements sectoriels ou structures économiques, ces actifs, bien que physiques, ne génèrent aucun retour sur investissement. Leur coût d’entretien, de gardiennage, voire de dégradation, s’ajoute à la perte financière. La priorité est désormais de les réintégrer dans le circuit économique, que ce soit par leur affectation à de nouvelles missions, leur mutualisation entre administrations ou leur ouverture au secteur privé.
L’analyse révèle des causes récurrentes à cette inutilisation : des équipements livrés sans budget de fonctionnement, des bâtiments construits sans affectation claire, ou encore des ouvrages dont la logistique nécessaire à leur mise en service n’a pas été anticipée. Chaque cas fera l’objet d’une étude spécifique pour déterminer la meilleure solution.
Un levier pour alléger la pression budgétaire
Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de maîtrise des dépenses publiques. Avec un service de la dette élevé et une volonté de réduire la dépendance aux financements extérieurs, l’État cherche à optimiser chaque franc CFA déjà engagé. Mobiliser ces actifs inutilisés équivaut à dégager des marges budgétaires sans recourir à de nouveaux emprunts ou à une augmentation des prélèvements fiscaux.
Cette démarche s’ajoute aux revues critiques déjà engagées sur les contrats publics et les comptes des entités parapubliques. Elle répond également aux attentes de la Cour des comptes, qui a maintes fois souligné les faiblesses du pilotage post-livraison dans la commande publique sénégalaise.
Améliorer la gouvernance des projets publics
Au-delà des chiffres, ce diagnostic met en lumière les lacunes de la gouvernance des infrastructures. La livraison d’un ouvrage ne constitue qu’une étape, et non une fin en soi. Pourtant, la chaîne de responsabilité entre conception, financement, réalisation et exploitation reste souvent morcelée entre plusieurs structures, créant des zones d’ombre. Les bailleurs internationaux ont depuis longtemps insisté sur la nécessité de clarifier ces processus pour garantir l’efficacité des investissements.
Pour les 25 sites concernés, plusieurs pistes sont envisagées. Certains pourraient être attribués à des administrations actuellement contraintes de louer des bureaux privés, générant ainsi des économies immédiates. D’autres pourraient faire l’objet d’une concession ou d’une cession à des opérateurs privés sous conditions strictes. Une troisième option consisterait à compléter les infrastructures manquantes pour activer leur usage initial. Les choix seront déterminés au cas par cas, en fonction des arbitrages budgétaires.
Cette opération représente un test de crédibilité pour l’administration sénégalaise. Sa réussite dépendra de la transparence dans le suivi et de la mise en place d’indicateurs de performance vérifiables. Si elle aboutit, elle pourrait servir d’exemple à d’autres pays de la sous-région, où le phénomène des infrastructures fantômes freine la rentabilité des investissements publics.
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