26 juin 2026

Afrique Horizon

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Sénégal : des économies budgétaires massives pour sauver les comptes

Le gouvernement sénégalais annonce des ajustements budgétaires de plusieurs centaines de milliards de francs CFA afin de maintenir l’équilibre des finances publiques. Cette décision intervient dans un contexte où le Plan de redressement économique et social (PRES) n’a pas atteint ses objectifs de recettes. L’exécutif dirigé par le Premier ministre Ousmane Sonko cherche à colmater un déficit budgétaire qui menace la trajectoire financière définie en début d’exercice.

Un PRES en deçà des attentes fiscales

Présenté comme le pilier de la stratégie de consolidation budgétaire du nouveau pouvoir, le PRES devait mobiliser des ressources supplémentaires pour réduire le déficit hérité et financer les priorités sociales. Les premières données comptables montrent une autre réalité : les recettes fiscales et non fiscales prévues dans ce plan accusent un retard significatif, fragilisant les hypothèses macroéconomiques de la loi de finances en cours.

Ce manque à gagner oblige à des arbitrages. Plutôt que d’accroître le déficit ou de recourir massivement à de nouveaux emprunts dans un contexte de coût de la dette élevé, les autorités sénégalaises ont choisi la rigueur. Concrètement, des centaines de milliards de francs CFA d’autorisations de dépenses sont gelées ou supprimées dans plusieurs ministères, afin de réaligner les dépenses sur les recettes effectives.

Un équilibre budgétaire sous pression à Dakar

L’avertissement interne est clair : sans correction immédiate, l’équilibre budgétaire est compromis. Cette formule, reprise dans les documents de cadrage, traduit l’urgence d’une réaction. Le Sénégal s’est engagé auprès de ses partenaires multilatéraux, notamment le Fonds monétaire international, à respecter des cibles strictes de déficit dans le cadre du programme conclu. Tout écart compromettrait les décaissements à venir et renchérirait l’accès aux marchés financiers internationaux.

Le contexte régional pèse également. Au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), Dakar doit maintenir un déficit public sous la barre des 3% du PIB, norme de convergence régulièrement rappelée par les institutions communautaires. Les révélations de septembre 2024 par la Cour des comptes sur l’ampleur réelle de la dette publique avaient déjà conduit le pays à renégocier sa relation avec les bailleurs. Les coupes annoncées s’inscrivent dans cette mise en cohérence comptable.

Des choix politiques risqués pour Sonko

Pour le tandem exécutif formé par le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre, l’exercice est périlleux. Élus sur la promesse d’une rupture économique et d’une amélioration des conditions de vie, ils doivent concilier orthodoxie budgétaire et attentes sociales fortes. Les coupes toucheront principalement les dépenses d’investissement, plus faciles à reporter que les dépenses de fonctionnement, mais aussi certains transferts. Plusieurs ministères verraient ainsi leurs enveloppes réduites dans des proportions inédites depuis plusieurs années.

Cette trajectoire comporte un risque politique : réduire les crédits d’infrastructures ou les subventions sectorielles dans un pays qui sort d’une période d’instabilité institutionnelle peut nourrir le mécontentement. À l’inverse, laisser filer le déficit exposerait le Sénégal à une dégradation accélérée de sa note souveraine, déjà sous surveillance des agences. Moody’s et S&P Global Ratings suivent de près la capacité du gouvernement à tenir ses engagements budgétaires.

Reste la question du calendrier. Les coupes annoncées doivent produire leurs effets avant la clôture de l’exercice, ce qui nécessite une exécution rapide des circulaires de gel et une discipline stricte des ordonnateurs. Le pilotage incombera au ministère des Finances et du Budget, en lien avec la Primature. La capacité à reconstruire les recettes en 2025, via une réforme fiscale plus efficace et une meilleure mobilisation des ressources internes, déterminera la durée de cette cure d’austérité.

Au-delà du choc immédiat, cet épisode illustre l’étroitesse de la marge de manœuvre du Sénégal pour financer ses ambitions de transformation économique. Les arbitrages portent sur des centaines de milliards de francs CFA et visent explicitement à préserver l’équilibre budgétaire menacé par les contre-performances du PRES.