2 juin 2026

Afrique Horizon

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Romuald wadagni lance une tournée diplomatique au Niger et au Burkina Faso

Dès sa prise de fonction, Romuald Wadagni, le nouveau président du Bénin, a choisi d’inaugurer son mandat par une initiative diplomatique d’envergure. Ce mardi 2 juin, il se rend simultanément à Niamey et à Ouagadougou pour une visite officielle, marquant ainsi la première étape d’une tournée régionale visant à rétablir les ponts avec les voisins sahéliens. Cette démarche s’inscrit dans une volonté affichée de tourner la page des tensions récurrentes entre Cotonou, Niamey et Ouagadougou, héritées des crises politiques et des divergences stratégiques des derniers mois.

Une démarche de réconciliation sous haute tension

Les relations entre le Bénin et les deux capitales sahéliennes se sont fortement dégradées depuis les bouleversements politiques de 2023. Le renversement de Mohamed Bazoum à Niamey, suivi de la prise de pouvoir par le capitaine Ibrahim Traoré à Ouagadougou, a plongé la région dans une période de méfiance mutuelle. Le prédécesseur de Wadagni, Patrice Talon, avait adopté une position ferme vis-à-vis des nouvelles autorités, s’alignant sur les positions de la Cédéao, perçue comme une menace par les juntes sahéliennes. Cette approche a contribué à fragiliser les échanges commerciaux et sécuritaires entre les pays.

Avec son arrivée à la tête de l’État, Romuald Wadagni, ancien ministre de l’Économie et des Finances connu pour son pragmatisme, opte pour une stratégie différente. Plutôt que de privilégier les déclarations officielles, il mise sur le dialogue direct et la présence concrète pour apaiser les tensions. Cette double visite, organisée dès la deuxième semaine de son mandat, illustre sa détermination à désamorcer les conflits accumulés, notamment la fermeture de la frontière nigéro-béninoise et les accusations croisées en matière de sécurité transfrontalière.

La clé économique du corridor Cotonou-Niamey

Au cœur des discussions entre Wadagni et ses homologues sahéliens se trouve le corridor logistique reliant Cotonou à Niamey. Ce passage est vital pour le Niger, pays enclavé dont les importations et exportations dépendent largement de ce corridor. Les tensions diplomatiques ont entraîné une suspension des échanges, aggravée par les sanctions de la Cédéao puis le retrait du Niger, du Mali et du Burkina Faso de cette organisation. Résultat : le port autonome de Cotonou a vu son trafic vers le Sahel diminuer au profit de ses concurrents, Lomé et Tema.

Pour le Bénin, rétablir la fluidité des échanges n’est pas seulement une question diplomatique, mais aussi une nécessité économique. Les recettes douanières et portuaires représentent une part majeure des finances publiques. Pour y parvenir, Wadagni devra convaincre Niamey et Ouagadougou de rouvrir pleinement les points de passage et de lever les taxes supplémentaires imposées de part et d’autre. La sécurité, notamment la lutte contre les groupes armés dans le parc W et le long des frontières communes, figurera également parmi les priorités des négociations.

Un équilibre diplomatique à trouver entre Cédéao et AES

Romuald Wadagni se trouve face à un défi de taille : naviguer entre deux réalités régionales. Le Bénin reste membre de la Cédéao, mais cherche simultanément à renouer un dialogue constructif avec l’Alliance des États du Sahel (AES), créée en septembre 2023 par le Niger, le Burkina Faso et le Mali. Cette alliance formalise leur rupture avec l’organisation ouest-africaine, perçue comme hostile par leurs nouvelles autorités. Le président béninois doit donc manœuvrer avec prudence pour éviter d’être perçu comme soutenant les transitions militaires ou en train de renoncer aux engagements de son pays au sein de la Cédéao.

Le choix de Niamey et Ouagadougou comme premières destinations en dehors de la zone côtière n’est pas anodin. Ces deux villes partagent avec Cotonou non seulement des frontières, mais aussi des défis sécuritaires majeurs, notamment la montée des attaques jihadistes dans le nord du Bénin. Ces groupes, affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, rendent une coopération renforcée avec les forces sahéliennes indispensable pour endiguer la menace.

La réussite de cette tournée dépendra en grande partie de l’accueil réservé par le général Abdourahamane Tiani et le capitaine Ibrahim Traoré. Ces derniers ont jusqu’ici privilégié des partenariats avec Moscou et une approche diplomatique en marge des cadres traditionnels de la région. Romuald Wadagni devra prouver que la voie béninoise, distincte des pressions de la Cédéao, peut apporter des solutions concrètes aux populations frontalières et aux acteurs économiques. L’enjeu est de taille : il s’agit de concilier souveraineté nationale et coopération régionale dans un contexte géopolitique complexe et en constante évolution.