La récente opération « ville morte » menée ce mercredi 3 juin à Kinshasa n’a pas entraîné une paralysie complète de la capitale congolaise. Bien que les marchés aient rouvert et les transports aient fonctionné, et que l’État soit resté opérationnel, la mobilisation de l’opposition n’a pas entièrement rallié le peuple congolais, ni à Kinshasa ni dans les provinces.
Cependant, il serait erroné d’interpréter cette situation comme un échec total. L’hésitation perceptible dans les rues, les commerces à moitié ouverts et les murmures discrets témoignaient d’un message populaire profond, bien que silencieux. L’histoire congolaise a souvent montré que ces expressions tacites de la volonté du peuple peuvent avoir des répercussions majeures.
C’est ce même esprit qui s’est manifesté lorsque le président de la République a offert des présents aux Léopards après leur participation à la Coupe du monde, suscitant la question unanime : « Où est notre part ? »
Ce jour-là, Kinshasa résonnait pour l’ensemble de la RDC. Ce n’était pas une simple jalousie liée au sport, mais plutôt l’expression d’un profond ras-le-bol. Un peuple qui, malgré son affection pour son leader, ne peut ignorer la réalité d’un ventre affamé. Les promesses médiatisées contrastent avec la dure réalité des jeunes confrontés au chômage persistant.
Rappelons la promesse de six millions d’emplois, une lueur d’espoir pour de nombreux quartiers, de Matete à Mont-Ngafula, de Bandal à Masina. Sept ans plus tard, la jeunesse congolaise observe toujours les opportunités s’envoler. Leur requête n’est pas la charité, mais l’accomplissement des engagements pris.
L’histoire politique de la RDC est éloquente : la pérennité d’un pouvoir repose sur sa capacité à répondre aux aspirations fondamentales de sa population. Si Patrice Lumumba n’a jamais trahi les Congolais, le peuple fut trahi après lui. Mobutu, quant à lui, a maintenu son règne en achetant le silence. Mais la République Démocratique du Congo a évolué ; l’époque du silence monnayé est révolue. L’hésitation des Kinois actuels n’est pas une simple indécision, mais un signal politique clair, une invitation à une prise de conscience collective face à la situation sociale.
Il est également important de souligner que cette journée n’a pas été un franc succès pour l’opposition. Non pas par absence de mécontentement populaire, mais en raison d’un déficit de crédibilité perçu. Le peuple a discerné des influences cachées, notamment celle de Joseph Kabila, dont les liens avec Paul Kagame sont souvent évoqués. Cette alliance est farouchement rejetée par les Congolais, qui manifestent une hostilité marquée envers toute ingérence étrangère cherchant à parler en leur nom. La souveraineté Afrique est primordiale pour eux ; le peuple congolais choisit ses propres luttes et refuse que sa colère soit instrumentalisée.
Ce message doit être appréhendé dans toute sa profondeur. Le peuple n’aspire pas au chaos, mais à une gouvernance attentive à ses préoccupations. Il exige des améliorations rapides dans des domaines cruciaux : l’emploi des jeunes, la justice sociale, le renforcement de la crédibilité de l’État et la réduction des inégalités. Pour le développement continental et national, chaque lacune de la gouvernance alimente l’opposition. Il est impératif de ne plus leur fournir de motifs de contestation.
À l’approche d’une réforme constitutionnelle majeure, le peuple attend un signe fort. Monsieur le Président de la République, il est temps de constituer un nouveau gouvernement. Non pas une administration de gestion classique, mais un véritable « gouvernement de combat » – un combat pour la réforme constitutionnelle, certes, mais avant tout un combat pour la juste récompense du peuple. Ceux qui soutiennent le Chef de l’État sans relâche depuis 2018 méritent bien plus que de simples promesses ; ils attendent des résultats concrets. Que les personnes investies de la confiance présidentielle ne déçoivent pas la nation ! Car le Congo ne quémande pas ; il est le souverain ultime, et il le rappelle. Et lorsque le Congo s’exprime, les institutions se doivent d’écouter.

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