Prime record pour Iyad Ag Ghaly : le Mali en guerre contre les chefs djihadistes du Sahel

Le gouvernement malien a lancé un appel à la mobilisation générale contre les groupes armés qui menacent la stabilité du pays. Une prime exceptionnelle de 2 milliards de francs CFA a été promise à quiconque fournira des informations menant à l’arrestation d’Iyad Ag Ghaly, chef emblématique du Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), et de plusieurs de ses lieutenants. Cette mesure s’inscrit dans la réponse aux attaques récentes de Kidal et Kati, coordonnées entre djihadistes et séparatistes.
Dans un communiqué officiel signé par le général Daoud Aly Mouhammedine, ministre de la Sécurité et de la Protection civile, les autorités appellent la population à s’engager aux côtés des forces de défense pour traquer sept individus considérés comme des menaces majeures pour la nation.
Mesures exceptionnelles du Mali contre le terrorisme

Le communiqué diffusé à la télévision d’État précise : « Dans le cadre de la lutte antiterroriste et de la protection de la souveraineté nationale, le gouvernement de la République du Mali offre une récompense financière à toute personne apportant des renseignements fiables permettant l’arrestation ou la neutralisation des individus suivants. »
La prime la plus élevée, 2 milliards de francs CFA, est attribuée à Iyad Ag Ghaly, chef du JNIM, alliance regroupant plusieurs factions djihadistes affiliées à Al-Qaïda. Deux autres figures majeures du mouvement, Amadou Koufa (chef de la katiba Macina) et Abdoulaye Mohamed (alias Habib), voient leur tête mise à prix pour 1,5 milliard de francs CFA chacun.
Parmi les autres cibles, on retrouve Algabas Ag Intallah, responsable politique et militaire du Front de libération de l’Azawad (FLA), dont la capture est récompensée à hauteur de 1 milliard de francs CFA. Enfin, trois membres du FLA — Ghita, Bilal Chérif et Abderrahmane Al Banna — sont recherchés pour 500 millions de francs CFA chacun.
Cette initiative intervient deux mois après les attaques simultanées de Kidal et Kati, qui ont entraîné la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, et révélé la dangerosité accrue des groupes armés opérant dans la région.
Iyad Ag Ghaly, l’ennemi public n°1 du Sahel

Né en 1958 à Boghassa, dans la région de Kidal, Iyad Ag Ghaly est une figure historique des rebellions touarègues et du djihadisme au Mali. Après avoir combattu sous les ordres de Mouammar Kadhafi en Libye durant les années 1970 et 1980, il retourne au Mali au début des années 1990 et participe à la rébellion touarègue en fondant le Mouvement populaire pour la libération de l’Azawad (MPLA).
Sa carrière prend un tournant radical avec son rapprochement avec les groupes djihadistes. En 2007, il s’allie au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), ancêtre d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). En 2012, il crée Ansar Dine, puis, en 2017, il prend la tête du JNIM, une coalition de groupes armés maliens affiliés à AQMI et à Al-Qaïda.
Selon le Timbuktu Institute, Iyad Ag Ghaly est désormais la cible prioritaire du Sahel, accusé de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale (CPI) pour des exactions commises entre 2012 et 2013. Son organisation, le JNIM, est l’une des plus actives au Mali, au Niger et au Burkina Faso, où elle sème la terreur et perturbe les économies locales.
Les analystes soulignent un changement stratégique chez ce chef djihadiste. « Il ne se contente plus de combats frontaux contre l’armée. Il cible désormais l’économie du pays en bloquant les routes, sabotant les infrastructures et coupant les approvisionnements. Son but ? Affaiblir le gouvernement de Bamako en rendant le quotidien des Maliens insupportable », explique le think tank dirigé par le Dr Bakary Sambe.
Les experts estiment que son objectif n’est pas de prendre le pouvoir, mais de déstabiliser le régime actuel pour le renverser. « Il préfère agir dans l’ombre, contrôlant les événements à distance. Pour le Mali, cette menace est devenue une urgence absolue », ajoute le Timbuktu Institute.
Avec cette prime record, Bamako envoie un signal fort : lutter contre le terrorisme sous toutes ses formes, y compris économiques.
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