14 mai 2026

Niger : l’inquiétante dégradation des libertés documentée par Amnesty International

Dix-huit mois après le renversement du président élu Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, le régime militaire nigérien durcit considérablement sa position. Dans un rapport détaillé publié le 18 mars, l’organisation Amnesty International tire la sonnette d’alarme sur une situation des droits humains de plus en plus précaire. Intitulé « Niger. Menacés et mis au pas : les droits humains et l’espace civique sous pression depuis le coup d’État du 26 juillet », ce document recense de multiples violations : arrestations forcées, détentions arbitraires et musellement des médias.

Le CNSP, qui avait initialement justifié sa prise de pouvoir par des impératifs de sécurité et de lutte contre la mauvaise gouvernance, semble s’être éloigné de ses promesses de respecter l’État de droit. En affaiblissant délibérément l’espace politique, le pouvoir militaire accentue les clivages au sein de la population nigérienne.

Une rupture diplomatique et régionale consommée

Le Niger s’inscrit désormais dans une dynamique de rupture profonde avec ses anciens partenaires. À l’instar du Mali et du Burkina Faso, le pays a intégré l’Alliance des États du Sahel (AES) après avoir quitté la CEDEAO. Cette réorientation stratégique s’accompagne d’une rupture des liens avec la France et l’Union européenne. Plus récemment, le 17 mars, les trois pays de l’AES ont annoncé leur retrait de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), qui réclamait, comme d’autres instances, la libération de Mohamed Bazoum.

Un cadre législatif de plus en plus répressif

Malgré les engagements initiaux du général Abdourahamane Tiani, le cadre légal s’est considérablement durci. Marceau Sivieude, responsable chez Amnesty International, souligne que les droits fondamentaux sont désormais bafoués tant dans les textes que dans les faits. La suspension de la Constitution de 2010 a permis au CNSP de concentrer les pouvoirs exécutifs et législatifs, gouvernant par ordonnances restrictives.

  • Loi sur la cybercriminalité : Rétablie en 2024, elle permet de condamner des citoyens pour de simples publications jugées troublantes pour l’ordre public.
  • Déchéance de nationalité : Une ordonnance d’août 2024 permet de ficher des individus et de geler leurs avoirs, allant jusqu’à les rendre apatrides.
  • Suspension des partis : Le pluralisme politique est au point mort, toute opposition institutionnelle ayant été neutralisée.

Depuis octobre 2024, une vingtaine de personnalités, dont d’anciens ministres, ont déjà été visées par ces mesures d’exception. Hamid Ngadé, ex-conseiller à la présidence, témoigne de l’impossibilité de contester ces décisions dans un pays où l’État de droit semble s’être évaporé.

La société civile et les médias sous haute pression

La répression ne se limite pas à la sphère politique. Les services de renseignement sont accusés de pratiquer des arrestations arbitraires et des disparitions forcées. Moussa Tchangari, figure majeure de la société civile, a été violemment interpellé en décembre 2024 et risque une lourde peine de prison pour « apologie du terrorisme ».

Le pouvoir entretient une rhétorique opposant les « patriotes » aux « apatrides », créant un climat de peur qui paralyse les organisations citoyennes à Niamey. La presse n’est pas épargnée : la Maison de la presse a été suspendue, tandis que des médias internationaux comme RFI, France 24 et la BBC ont vu leurs diffusions interdites.

Les journalistes locaux, tels qu’Ousmane Toudou ou Soumana Maïga, font face à des poursuites judiciaires, parfois devant des tribunaux militaires. La célèbre blogueuse Samira Sabou a également été la cible de procédures sous le couvert de la loi sur la cybercriminalité. Cette atmosphère conduit inévitablement à une autocensure généralisée, les sources et les professionnels de l’information craignant des représailles immédiates.

Alors qu’une transition de cinq ans est désormais évoquée, le Niger semble s’ancrer durablement dans un régime d’exception, s’éloignant chaque jour un peu plus des principes démocratiques fondamentaux.