14 mai 2026

Niger : les libertés fondamentales menacées sous le régime militaire

Depuis le renversement du pouvoir le 26 juillet 2023, le paysage des libertés publiques au Niger s’est considérablement assombri. Les nouvelles autorités militaires ont multiplié les interpellations arbitraires visant d’anciens cadres gouvernementaux, tout en durcissant la répression contre la presse indépendante et les voix dissidentes. Plusieurs organisations internationales de défense des droits humains appellent désormais à la libération immédiate des prisonniers politiques et au respect scrupuleux des procédures judiciaires.

Un climat d’intimidation généralisé

Le coup d’État mené par le général Abdourahmane Tiani et les membres du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) a mis fin au mandat du président Mohamed Bazoum. Depuis lors, ce dernier, ainsi que ses proches, demeure séquestré au sein du palais présidentiel à Niamey. Parallèlement, un climat de harcèlement s’est installé, ciblant les journalistes, les mouvements de jeunesse et toute personne exprimant un désaccord avec la ligne officielle du nouveau pouvoir.

Les atteintes répétées à la liberté de parole et les arrestations sans fondement juridique placent le Niger sur une trajectoire préoccupante en matière de respect des droits fondamentaux. Il est impératif que les autorités de transition garantissent la liberté de la presse et mettent un terme aux détentions extrajudiciaires.

Pressions internationales et sanctions économiques

La réaction de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a été immédiate : fermeture des frontières, suspension des flux financiers et menaces d’action militaire pour rétablir l’ordre constitutionnel. En août, des sanctions ciblées ont été imposées aux dirigeants du putsch. De son côté, l’Union africaine a suspendu la participation du Niger à ses instances, tout en privilégiant une résolution diplomatique de la crise.

Les tensions diplomatiques ont atteint un sommet en octobre lorsque Louise Aubin, coordinatrice des Nations Unies, a été sommée de quitter le territoire nigérien. Les autorités ont accusé l’organisation internationale d’entraver la reconnaissance du pays sur la scène mondiale.

La justice militaire face aux civils

Plusieurs anciens ministres, dont Sani Mahamadou Issoufou (Pétrole), Hamadou Adamou Souley (Intérieur), Kalla Moutari (Défense) et Ahmad Jidoud (Finances), ont été incarcérés dans diverses prisons du pays, notamment à Filingué et Kollo. Bien que civils, ils font face à des tribunaux militaires pour des accusations d’atteinte à la sûreté de l’État, une pratique dénoncée comme étant motivée par des intérêts purement politiques.

Le sort de Mohamed Bazoum reste également incertain. Bien que menacé de poursuites pour « haute trahison », il n’a toujours pas comparu devant un magistrat. Sa défense a saisi la Cour de justice de la CEDEAO à Abuja, au Nigeria, pour dénoncer des conditions de détention illégales. Malgré une décision de justice locale ordonnant la libération de son fils, Salem Mohamed Bazoum, le CNSP refuse toujours d’obtempérer.

Museler la presse et la société civile

Le secteur des médias subit une pression sans précédent. Des journalistes témoignent d’une surveillance accrue et de menaces physiques, poussant beaucoup d’entre eux à l’autocensure. Les signaux de Radio France Internationale et de France 24 ont été coupés, privant la population d’un accès diversifié à l’information.

  • Samira Sabou : Cette journaliste renommée a été enlevée à son domicile par des agents cagoulés avant d’être détenue au secret pendant une semaine. Elle est aujourd’hui poursuivie pour diffusion de données troublant l’ordre public.
  • Precious Mimi : Une activiste des réseaux sociaux a écopé d’une peine de prison avec sursis pour avoir commenté la position diplomatique de l’Algérie vis-à-vis du nouveau régime.
  • Le milieu académique : Six universitaires ont été révoqués de leurs fonctions après avoir signé une pétition refusant de soutenir le coup d’État.

Violences partisanes et impunité

Dans les rues de Niamey, des partisans du régime militaire, parfois constitués en milices d’autodéfense, s’en sont pris violemment aux membres du PNDS-Tarayya, l’ancien parti au pouvoir. Le siège de cette formation politique a été pillé et incendié. Plus grave encore, des signalements d’agressions sexuelles commises par ces groupes lors de patrouilles citoyennes ont été rapportés, sans que des poursuites judiciaires n’aient été engagées à ce jour.

Bien que le CNSP ait suspendu la Constitution, il affirme vouloir respecter les traités internationaux comme la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Pourtant, la réalité sur le terrain montre une érosion continue des droits civils. Le Niger se trouve à la croisée des chemins, et la protection de la libre expression reste le seul rempart contre l’arbitraire.