Dans la nuit du 26 février, un projectile a sillonné le ciel au-dessus de la ville d’Obo, en Haute-Mbomou. Ce missile sol-sol, tiré en direction de la République démocratique du Congo, a survolé plusieurs localités avant de s’écraser près de Zapay, à plus de 300 kilomètres de son point de départ. L’engin, qui n’a fait aucune victime connue, a semé la stupeur chez les habitants des deux côtés de la frontière.
Une base américaine abandonnée, un héritage militaire lourd de conséquences
Pour comprendre l’origine de ce tir, il faut remonter à l’époque où des soldats américains opéraient depuis Obo. Entre 2011 et 2017, des Green Berets, principalement déployés dans le cadre de l’Opération Observant Compass, avaient établi une base dans cette ville stratégique du Haut-Mbomou. Leur mission ? Traquer Joseph Kony et ses hommes de la Résistance de l’Armée du Seigneur, un groupe rebelle responsable de milliers de crimes en Afrique centrale.
À leur départ en 2017, une partie du matériel militaire américain a été laissée sur place, entreposée dans des conteneurs. Parmi ces équipements figuraient des armes lourdes, dont un missile sol-sol, désormais au centre de l’attention.
Wagner s’installe, les armes américaines refont surface
Quelques mois après le départ des Américains, des mercenaires russes du groupe Wagner ont fait leur apparition à Obo. Appelés en renfort par les autorités locales, ils ont rapidement pris le contrôle de l’ancienne base militaire, expulsant les Forces armées centrafricaines qui l’occupaient. Une fois sur place, les mercenaires ont entrepris de fouiller les conteneurs abandonnés.
Selon des sources locales, le préfet de la région avait d’ailleurs annoncé publiquement que des tirs d’essai seraient effectués pour tester les armes récupérées. Seules les munitions en bon état devaient être conservées. C’est dans ce contexte que le missile a été tiré depuis le terrain de football d’Obo, en plein cœur de la ville.
Un tir calculé, une frontière franchie
Le choix de la trajectoire n’était pas le fruit du hasard. En visant la RDC plutôt que le nord de la Centrafrique, les mercenaires ont évité de menacer des zones habitées comme Bambouti. Le projectile a finalement atterri près de Zapay, un village congolais où vivent également des réfugiés centrafricains ayant fui les exactions de Wagner.
Cette opération a semé la peur chez les habitants, certains y voyant un message délibéré. Personne d’autre à Obo n’est capable de manipuler ce type d’armement lourd. Les témoins ont confirmé avoir vu les mercenaires russes manœuvrer le missile et tirer, sans ambiguïté sur l’identité des auteurs.
Une escalade inquiétante en Afrique centrale
Ce tir illustre l’influence croissante du groupe Wagner en Centrafrique, où sa présence soulève des questions sur la sécurité régionale. Les autorités congolaises n’ont pas encore réagi officiellement, mais l’incident rappelle les tensions persistantes aux frontières de la RDC, déjà fragilisée par des conflits internes et des groupes armés transfrontaliers.
Alors que les mercenaires russes continuent de s’implanter dans le pays, ce type d’action unilatérale pourrait aggraver les instabilités locales et régionales. La présence d’armes américaines abandonnées, désormais entre les mains de groupes armés, pose un défi sécuritaire majeur pour l’Afrique centrale.
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