23 juillet 2026

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Massacre de civils au Mali : l’armée et les dozos dans le viseur des enquêtes

Des exactions meurtrières dans la région de Ségou

Les Forces armées maliennes (FAMA) et leurs alliés, les milices dozos, sont accusées d’avoir perpétré des violences d’une extrême gravité les 2 et 13 octobre dans la région de Ségou. Ces exactions ont coûté la vie à au moins 31 civils, majoritairement des hommes, et ont laissé derrière elles des villages en cendres.

Une série de meurtres ciblant des villages sous influence djihadiste

Le 2 octobre, des soldats maliens appuyés par des miliciens dozos ont encerclé le village de Kamona. Selon des témoignages recueillis sur place, ces forces ont exécuté sommairement au moins 21 hommes avant d’incendier une dizaine de maisons. Les victimes, âgées de 20 à 65 ans, auraient été accusées de collaborer avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda.

Un survivant a raconté : « Ceux qui n’ont pas pu fuir ont été rassemblés et exécutés. » Les corps, retrouvés sous un arbre, portaient des traces de balles, certains avec des membres fracturés. Les villageois ont également signalé la disparition d’une quinzaine d’autres hommes, probablement tués dans la brousse.

Le 13 octobre, un scénario similaire s’est répété à Balle, à 55 kilomètres de Kamona. Des soldats et des dozos ont abattu 10 civils, dont une femme de 55 ans, et volé plus de 100 têtes de bétail. Les corps, disposés en rang, témoignaient d’une violence inouïe : certains présentaient des fractures aux membres.

Un contexte de tensions exacerbées

Ces attaques surviennent alors que le GSIM multiplie les offensives dans la région, notamment contre l’usine sucrière de Siribala en août. Les villageois de Balle, sous contrôle djihadiste depuis des années, ont expliqué payer la zakat et régler leurs conflits via les combattants. « L’armée ne fait aucune distinction entre eux et nous », a déploré un habitant.

Le chef d’État-Major des Armées du Mali a justifié l’opération du 13 octobre par la « neutralisation de terroristes », sans évoquer les victimes civiles. Pourtant, les témoins et les habitants ont confirmé que Balle était un fief du GSIM, où ni soldats ni forces de l’ordre ne patrouillaient.

Des crimes de guerre sous le feu des projecteurs

Ces violences s’inscrivent dans un cycle de conflits armés qui déchire le Mali depuis 2012. Plus de 400 000 personnes ont été déplacées, et les abus commis par les forces gouvernementales, les milices et les groupes djihadistes sont documentés. Le droit international humanitaire interdit formellement les attaques contre les civils, les exécutions sommaires et les traitements inhumains.

Bien que le Mali ait quitté la Cour pénale internationale (CPI) en septembre 2025, il reste soumis au Statut de Rome jusqu’en septembre 2026. La CPI avait déjà ouvert une enquête en 2013 sur les crimes de guerre présumés commis depuis 2012.

Les Nations unies et les organisations de défense des droits humains appellent à une enquête indépendante. « Les autorités maliennes doivent agir sans délai pour établir la vérité et sanctionner les responsables », a insisté une source spécialisée dans la région.

L’Union africaine appelée à jouer un rôle clé

L’Union africaine (UA), malgré son mandat de promotion de la paix, reste en retrait face à l’escalade de la violence. Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA n’a jusqu’ici adopté que des déclarations symboliques, sans mesures concrètes pour mettre fin aux exactions.

« La communauté internationale doit faire pression pour que justice soit rendue », a souligné un observateur. « Les responsables de ces crimes ne doivent pas rester impunis. »