21 juin 2026

Afrique Horizon

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Maroc : l’islam modéré face à l’extrémisme, une stratégie royale

Le Maroc mise sur un islam modéré pour contrer l’extrémisme

Portrait du roi Mohammed VI du Maroc

En 2003, les attentats de Casablanca ont révélé la nécessité pour le Maroc de repenser sa stratégie face à la montée des risques terroristes. Plutôt que de se limiter à un renforcement des mesures sécuritaires, les autorités ont choisi d’agir en profondeur sur le terrain religieux. Cette approche, basée sur la formation des imams, la prévention des discours extrémistes et la promotion d’un islam modéré, s’est révélée déterminante pour préserver la stabilité du pays.

Les résultats de cette politique, analysés dans une récente étude, confirment son efficacité à long terme. En combinant prévention, déradicalisation et consolidation des institutions religieuses, le Maroc a bâti un modèle unique en Afrique, capable de résister aux pressions extrémistes tout en renforçant son unité nationale.

La Commanderie des croyants, pilier d’un islam modéré

Au cœur de cette stratégie se trouve la Commanderie des croyants (Imarat al-Mouminine), une institution constitutionnelle placée sous l’autorité directe du roi Mohammed VI. Elle lui confère une légitimité religieuse incontestée, lui permettant d’arbitrer les questions doctrinales et de promouvoir un islam de modération, en phase avec les valeurs de tolérance et de cohésion sociale.

Alexandre Negrus, président de l’Institut d’études de géopolitique appliquée (IEGA) et co-auteur du rapport, souligne l’originalité de ce dispositif : « ce qui distingue le Maroc, c’est que sa régulation religieuse s’exerce de l’intérieur même de la sphère religieuse. Le souverain n’est pas un simple superviseur politique, mais une autorité religieuse reconnue, ce qui renforce considérablement l’impact de ses décisions. »

Trois piliers doctrinaux structurent ce modèle : le malikisme, tradition juridique ancrée au Maghreb et au Sahel ; l’acharisme, qui concilie foi et raison ; et le soufisme, qui répond aux besoins spirituels des fidèles tout en éloignant les dérives extrémistes.

Le roi Mohammed VI lors d'un discours public

Un modèle qui séduit au-delà des frontières

Plusieurs pays du Sahel, confrontés à la menace djihadiste, s’inspirent aujourd’hui des méthodes marocaines. Leur objectif : renforcer la prévention et l’encadrement religieux pour compléter les dispositifs sécuritaires traditionnels.

Driss Aït Youssef, expert en sécurité, partage cette analyse : « Le modèle marocain offre des pistes pertinentes, mais sa transposition reste complexe. La stabilité du Royaume repose en grande partie sur la légitimité unique du roi Mohammed VI en tant que Commandeur des croyants, une fonction qui bénéficie d’un soutien populaire indéniable. »

Parmi les initiatives phares, le programme Moussalaha illustre cette approche : il vise la réconciliation religieuse et sociale des personnes condamnées pour des faits liés au terrorisme. Par ailleurs, l’Institut Mohammed VI forme chaque année des centaines d’imams africains, exportant ainsi un islam de modération dans toute la région.

Vue de la mosquée Hassan II à Casablanca

Les défis d’un modèle en constante évolution

Malgré ses succès, le système marocain n’est pas exempt de critiques. Alexandre Negrus met en lumière un paradoxe : « la standardisation des prêches limite l’émergence de discours radicaux dans les mosquées officielles, mais elle peut aussi donner l’impression d’un islam institutionnel éloigné des réalités quotidiennes des fidèles. »

Autre enjeu majeur : la montée en puissance des réseaux numériques. Les discours extrémistes circulent désormais hors des cadres traditionnels, échappant partiellement au contrôle des autorités religieuses. Cette évolution réduit l’efficacité des mécanismes de régulation mis en place.

Enfin, la question de la reproductibilité du modèle se pose. Si plusieurs États sahéliens s’en inspirent, ses fondements reposent sur des spécificités marocaines uniques, comme la Commanderie des croyants ou la légitimité historique de la monarchie. Ces éléments, difficiles à transposer, limitent la portée universelle de cette stratégie.

Les auteurs du rapport insistent donc sur la nécessité de voir le modèle marocain comme une source d’inspiration plutôt que comme une recette applicable à l’identique. Ils y voient cependant une contribution majeure à la lutte contre la radicalisation, offrant des pistes pour renforcer la résilience des sociétés face aux fractures identitaires et aux turbulences sécuritaires en Afrique.