9 juin 2026

Afrique Horizon

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Mali : une année sans motos de forte cylindrée pour contrer l’insécurité

Mali Bamako 2025 | Kraftstoffknappheit: Menschen an Tankstelle in Bamako

Le gouvernement de transition au Mali a instauré une interdiction d’un an, renouvelable, concernant la circulation des motos de grosse cylindrée en dehors des principaux centres urbains. Cette mesure drastique, visant à entraver la mobilité des groupes armés terroristes, s’étend également à l’importation, au transit, à la vente et à la distribution de ces deux-roues sur l’ensemble du territoire malien pour la même période. Cependant, cette décision suscite un fort scepticisme au sein de la population, particulièrement dans les régions rurales du Mali.

L’annonce de cette restriction, qui concerne les motocyclettes d’une cylindrée égale ou supérieure à 125 cm³, a été diffusée via un arrêté interministériel sur la télévision nationale en début de mois. Le décret stipule clairement que « la circulation des motocyclettes de cylindrée de 125 m³ et plus hors des grandes agglomérations est suspendue sur toute l’étendue du territoire national ». Les zones considérées comme de grandes agglomérations incluent le district de Bamako, ainsi que les chefs-lieux de région, de cercle et d’arrondissement.

Une des principales artères de Bamako

Une adaptation locale nécessaire

Malgré l’interdiction générale, les gouverneurs de région conservent la faculté d’ajuster ou de maintenir l’interdiction de ces motos au sein des chefs-lieux de cercle, en fonction de l’évolution du contexte sécuritaire local. Cette flexibilité est perçue comme essentielle par de nombreux habitants.

Un résident du cercle de Bandiagara, situé au centre du pays, s’est exprimé sous couvert d’anonymat, soulignant les difficultés d’application de cette mesure dans sa région. Il explique : « Oui, ce sera difficile parce que dans le pays Dogon, ce sont ces motos qui sont adaptées à notre environnement. Nous vivons dans des zones montagneuses avec des routes faites de pentes et de rampes raides. Elles sont d’une grande utilité. Que ce soient nos FAMa (forces armées maliennes), les acteurs humanitaires, nous les paysans, tout le monde les utilise. Les motos de grosse cylindrée remplacent même les ambulances dans notre zone pour transporter les malades vers les centres de santé ». Son témoignage met en lumière le rôle vital de ces véhicules pour la vie quotidienne et les services essentiels.

Inquiétudes socio-économiques

À Mopti, également dans le centre du Mali, les propriétaires de motos de forte cylindrée manifestent une vive inquiétude. Ces engins sont indispensables pour leurs activités agricoles, d’élevage ou de pêche, nécessitant des déplacements réguliers entre la ville et les villages environnants.

Un habitant de Mopti, tout en saluant l’objectif sécuritaire de la suspension, exprime ses craintes quant aux répercussions économiques et sociales : « Nous passons de village en village au quotidien pour mener nos activités. Mais depuis l’annonce de la suspension de la circulation des motos de grosse cylindrée, la plupart d’entre nous avons déposé nos motos. Moi, je livrais du pain à plusieurs habitants des villages éloignés de la ville de Mopti ». Cette interruption forcée affecte directement les moyens de subsistance de nombreuses familles et l’approvisionnement des communautés rurales.

Les explications de Mamadou Kane à Bamako

Ces motos, réputées pour leur robustesse et leur capacité à se déplacer aisément sur divers terrains, sont malheureusement prisées par les groupes armés pour leurs déplacements et leurs attaques terroristes. Cependant, elles sont tout aussi essentielles pour les populations maliennes qui les utilisent au quotidien pour leurs activités vitales, faute de moyens de transport alternatifs viables. La fin avril 2026 a été marquée par une attaque coordonnée d’envergure menée par les djihadistes du Jnim et leurs alliés du Front de libération de l’Azawad (FLA) contre plusieurs villes.

Bien que cette mesure sécuritaire radicale démontre la gravité de la crise au Mali, de nombreux analystes s’accordent à dire qu’elle pourrait engendrer un coût social et économique considérable pour un développement harmonieux du continent africain.