Le Mali, premier pays au monde à adopter une vaccination hybride contre le paludisme

• Le Mali franchit une étape historique en devenant le 20e pays africain à intégrer le vaccin antipaludique, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre cette maladie.
• En 2023, le pays a enregistré 3,1 % des cas mondiaux de paludisme (8,15 millions) et 2,4 % des décès associés (14 328), ce qui en fait l’un des 11 pays les plus touchés au monde.
• La stratégie hybride combine des doses régulières pour les nourrissons et une administration saisonnière ciblée avant la période de forte transmission.
Kalaban-Coro, Mali — À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, le Ministère de la Santé de la République du Mali, en partenariat avec Gavi, l’Alliance du Vaccin, l’UNICEF et l’OMS, a lancé une approche révolutionnaire pour administrer le vaccin antipaludique aux enfants âgés de cinq à 36 mois.
Le Mali se distingue comme le premier pays au monde à mettre en œuvre cette stratégie hybride, combinant trois doses initiales mensuelles en fonction de l’âge, suivies de deux doses supplémentaires administrées de manière saisonnière avant la période de forte transmission du paludisme. Cette méthode optimise la protection des enfants en alignant la période de vaccination avec le pic de risque de la maladie. Des études menées sur place confirment l’efficacité accrue de cette approche.
Le vaccin R21/Matrix-M sera déployé dans 19 districts prioritaires répartis dans cinq régions : Kayes, Koulikoro, Mopti, Ségou et Sikasso. Le pays dispose actuellement de 927 800 doses pour cette initiative.
Selon le Rapport 2024 de l’OMS sur le paludisme, le Mali a représenté en 2023, 3,1 % des cas mondiaux (8,15 millions) et 2,4 % des décès (14 328), se classant parmi les 11 nations les plus affectées. Entre 2019 et 2023, le nombre de cas a augmenté de 1,4 million, soulignant l’urgence d’agir. L’Afrique supporte à elle seule 94 % des cas et 95 % des décès mondiaux dus au paludisme.
Lors du lancement, le Ministre de la Santé et du Développement social du Mali, Colonel Assa Badiallo Touré, a exprimé sa gratitude envers les partenaires pour leur soutien indéfectible. « Ce projet a mobilisé des efforts colossaux. Je tiens à saluer nos chercheurs dont les travaux ont permis l’homologation des vaccins RTS,S et R21 par l’OMS. La réussite de cette initiative est un engagement partagé pour réduire l’impact de cette maladie. Nous sommes déterminés à la déployer sans délai pour le bien de notre population. »
Gavi supervise le programme mondial de vaccination antipaludique, en collaboration avec les pays et leurs partenaires. Grâce à un modèle de cofinancement innovant, les nations contribuent progressivement au financement des programmes, y compris celui du paludisme. Gavi cherche actuellement à mobiliser des fonds pour la période 2026-2030.
La Dre Sania Nishtar, Directrice générale de Gavi, a salué l’engagement du Mali : « Ce déploiement illustre la volonté du Gouvernement malien à sauver des vies et à atténuer les conséquences dévastatrices du paludisme sur les familles et les communautés. Avec 20 pays africains déjà engagés et plus de 24 millions de doses distribuées, un financement durable est crucial pour garantir un accès équitable à ce nouvel outil. Tant que des ressources seront disponibles, Gavi continuera à soutenir cette lutte essentielle contre l’une des maladies les plus meurtrières d’Afrique. »
L’UNICEF joue un rôle clé dans la distribution et la livraison des vaccins, assurant un approvisionnement régulier dans les régions endémiques. « L’introduction du vaccin antipaludique marque une avancée majeure pour les enfants maliens, déclare le Dr Pierre Ngom, Représentant de l’UNICEF au Mali. Après 35 ans de recherche, ce vaccin représente un outil puissant pour protéger nos enfants. Bien qu’il ne soit pas une solution unique, il complète les mesures existantes de prévention. Les bénévoles utilisant des outils numériques comme U-Report renforcent l’adhésion communautaire et combattent la désinformation. »
L’OMS a coordonné les essais pilotes du vaccin RTS,S/AS01 au Ghana, au Kenya et au Malawi, démontrant une réduction de 13 % de la mortalité infantile entre 2019 et 2023. Ces résultats ont conduit à l’homologation des deux vaccins antipaludiques actuellement disponibles.
Le Dr Patrick Kabore, Représentant de l’OMS au Mali, a souligné que « le vaccin antipaludique constitue une avancée majeure en santé publique, ajoutant un outil essentiel pour protéger les enfants et renforcer la lutte contre le paludisme. »
Cette initiative complète les mesures existantes au Mali : moustiquaires imprégnées, chimioprévention saisonnière, traitement préventif intermittent pendant la grossesse et pulvérisation intra-domiciliaire d’insecticides.
La vaccination antipaludique en Afrique : une dynamique en marche
L’introduction du vaccin au Mali coïncide avec un déploiement record en Ouganda, illustrant l’engouement croissant des pays africains pour cet outil. Depuis 2023, plus de 24 millions de doses ont été livrées sur le continent, où les 20 pays ayant adopté le vaccin concentrent plus de 70 % de la charge mondiale de paludisme.
Les premiers résultats au Cameroun confirment l’impact positif de cette stratégie. D’ici fin 2025, 13 millions d’enfants supplémentaires devraient être protégés. Pour la période 2026-2030, Gavi ambitionne de protéger 50 millions d’enfants supplémentaires avec quatre doses, sous réserve de financements suffisants.
Pourquoi une approche hybride au Mali ?
La transmission du paludisme au Mali est fortement saisonnière, avec une majorité des cas survenant entre juillet et décembre. Cette stratégie hybride permet d’administrer trois doses régulières en fonction de l’âge, complétées par deux doses saisonnières avant la période critique. Les données probantes montrent que cette méthode maximise l’efficacité du vaccin en alignant la protection vaccinale avec le pic de risque.
Cibler les enfants : une priorité absolue
Les enfants de moins de cinq ans sont les plus vulnérables au paludisme, représentant plus de 75 % des décès mondiaux dus à cette maladie. Leur système immunitaire immature les rend particulièrement sensibles, contrairement aux adultes qui développent une immunité partielle après des années d’exposition.
Efficacité et sécurité des vaccins antipaludiques
Les vaccins RTS,S/AS01 et R21/Matrix-M, préqualifiés par l’OMS, ont démontré leur efficacité et leur innocuité. Lors des essais cliniques de phase 3 :
- Ces vaccins ont réduit de plus de 50 % les cas de paludisme la première année, période critique pour les enfants.
- Une quatrième dose administrée la deuxième année a prolongé la protection.
- Dans les zones à transmission saisonnière élevée, ils réduisent les cas de 75 %, où survient la moitié des décès infantiles dus au paludisme.
- Ils ciblent P. falciparum, le parasite le plus mortel et répandu en Afrique. Plus d’informations ici.
Des programmes adaptés aux contextes locaux
Administrer quatre ou cinq doses nécessite des stratégies sur mesure pour atteindre les populations à risque. Voici quelques exemples :
En décembre 2024, le Nigéria a lancé un déploiement progressif dans les États de Kebbi et Bayelsa, avec plus de 800 000 doses distribuées pour réduire l’impact du paludisme.
Au Tchad, Gavi a soutenu l’intégration du vaccin dans un triple déploiement contre le paludisme, la pneumonie et la diarrhée, optimisant l’impact dans les milieux défavorisés.
Dans des contextes fragiles comme le Soudan et la République démocratique du Congo, le déploiement a été intégré aux plans de riposte existants.
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