5 juin 2026

Afrique Horizon

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Mali offre une prime pour la capture des chefs jihadistes et indépendantistes

Le gouvernement malien a officialisé une mesure inédite dans sa lutte contre les groupes armés. Bamako propose désormais une récompense financière à quiconque fournira des informations menant à l’arrestation ou à la neutralisation des commandants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) et du Front de libération de l’Azawad (FLA). Cette initiative, divulguée via les ondes de l’ORTM, marque une volonté de mobiliser les civils dans un conflit où l’armée peine à obtenir des résultats décisifs.

Une incitation ciblée contre les dirigeants du Jnim et du FLA

Cette prime publique se concentre sur deux entités jugées prioritaires par les autorités. Le Jnim, dirigé par Iyad Ag Ghaly, est une coalition jihadiste active dans le Sahel central, responsable d’attentats répétés contre les forces de sécurité et les infrastructures. Le FLA, quant à lui, revendique l’autonomie des régions du Nord, en particulier Kidal, Gao et Tombouctou, défiant ainsi l’autorité de Bamako.

En recourant à ce type de dispositif, les dirigeants malien s’inspirent de pratiques antiterroristes éprouvées ailleurs, bien que peu communes en Afrique de l’Ouest. Cette stratégie révèle une adaptation tactique : Bamako admet la nécessité de s’appuyer sur le renseignement local, là où les opérations militaires classiques montrent leurs limites.

Un aveu de faiblesse face à l’insécurité persistante

La décision survient dans un contexte marqué par un affaiblissement des moyens de défense. Le retrait de la MINUSMA fin 2023, suivi du départ des forces françaises, a laissé les Forces armées maliennes (Fama) dans une situation précaire. Bien que ces dernières bénéficient désormais du soutien de partenaires russes, notamment les supplétifs de l’Africa Corps (ex-Wagner), les attaques jihadistes se sont intensifiées depuis 2024, touchant aussi bien les zones rurales que les abords de la capitale.

Cette annonce illustre une prise de conscience : la victoire contre les groupes armés passe aussi par le renseignement humain. Cependant, le succès de cette approche reste incertain. Les informateurs s’exposent à des représailles, et l’absence de détails sur les montants ou les modalités de paiement pourrait dissuader les volontaires. Les autorités n’ont pas encore précisé les critères de versement ni les sommes allouées.

Une stratégie qui pourrait s’étendre à l’échelle régionale

Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la Confédération des États du Sahel (AES), alliance réunissant depuis 2024 le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces trois pays partagent une analyse commune de la menace et envisagent une coordination renforcée de leurs actions militaires. L’harmonisation des systèmes de récompense à l’échelle confédérale pourrait renforcer le partage d’informations transfrontalières, un enjeu crucial face à la mobilité des groupes armés.

Pourtant, le financement de cette mesure reste un défi. Avec un budget national sous pression, après la suspension de plusieurs aides internationales et les sanctions de la CEDEAO, Bamako devra trouver des ressources internes ou des partenaires extérieurs pour garantir la crédibilité de sa promesse. La Russie, principal allié militaire du Mali, pourrait être sollicitée, bien qu’aucune confirmation officielle n’ait été donnée à ce jour.

Sur le plan politique, cette annonce vise également à renforcer le lien entre le pouvoir et la population. En s’adressant directement aux citoyens via la télévision publique, le gouvernement cherche à associer la société civile à l’effort de guerre et à consolider sa légitimité, alors que la transition politique, lancée après les coups d’État de 2020 et 2021, tarde à aboutir à des élections.

L’efficacité de cette stratégie se mesurera dans les mois à venir. Les Fama devront démontrer leur capacité à neutraliser les cadres du Jnim et du FLA pour justifier cette nouvelle approche.