6 juin 2026

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Mali : les autorités face à l’urgence de protéger les droits humains

Mali : les autorités face à l’urgence de protéger les droits humains

Enlèvements arbitraires, disparitions forcées et incitation à la violence se multiplient au Mali, aggravant une crise sécuritaire déjà explosive. Les autorités maliennes sont appelées à respecter leur propre constitution et à mettre fin à ces violations des droits fondamentaux qui ciblent les opposants politiques et les défenseurs des libertés.

Des personnalités politiques enlevées dans des circonstances troubles

Entre les 2 et 5 mai, trois figures majeures de l’opposition malienne ont été victimes d’enlèvements ciblés à Bamako. Parmi elles, Me Mountaga Tall, avocat et militant historique de la démocratie, Moussa Djiré (surnommé Abba), président du mouvement Yiriba 223, ainsi que Youssouf Daba Diawara, ancien cadre de la Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’imam Mahmoud Dicko (CMAS). Ces rapts, perpétrés par des individus armés et encagoulés circulant dans des véhicules sans plaque d’immatriculation, rappellent les méthodes attribuées à l’Agence nationale de sécurité d’État (ANSE). À ce jour, leurs localisations et leurs conditions de détention restent totalement inconnues.

Depuis 2021, plusieurs cas similaires ont été signalés, sans qu’aucune enquête judiciaire n’ait été ouverte. Cette absence de transparence alimente les craintes d’une répression systématique visant à museler toute voix dissidente.

Un mode opératoire inquiétant

Les enlèvements du début mai s’inscrivent dans une logique de répression croissante. Les autorités judiciaires maliennes n’ont, à ce jour, engagé aucune procédure pour élucider ces affaires, malgré les appels répétés des organisations de défense des droits humains. Les méthodes employées, notamment l’absence de mandat et l’opacité des lieux de détention, soulèvent des questions sur le respect des procédures légales.

« Les disparitions forcées constituent une violation grave des droits humains et une atteinte à l’état de droit. Les autorités doivent sans délai localiser les personnes enlevées, garantir leur sécurité et ouvrir des investigations indépendantes », a souligné un responsable de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH).

Multiplication des discours de haine et menaces en ligne

La situation s’aggrave avec la prolifération de discours de haine et d’appels à la violence sur les réseaux sociaux. Des activistes proches du pouvoir militaire diffusent régulièrement des messages appelant à l’élimination physique des opposants, y compris ceux vivant à l’étranger. Des défenseurs des droits humains, des journalistes et leurs familles sont ainsi la cible de menaces de mort, de campagnes de dénigrement et d’incitations à la déchéance de nationalité.

Lors des obsèques du général Sadio Camara, ministre de la Défense tué lors des attaques des 25 et 26 avril, un membre du Conseil national de transition (CNT) a publiquement appelé à « tuer » et à « priver de nationalité » les opposants exilés. Malgré un communiqué du procureur condamnant ces propos, aucune mesure concrète n’a été prise contre leurs auteurs.

Ces dérives s’inscrivent dans un contexte de rétrécissement drastique de l’espace civique, marqué par la dissolution des partis politiques en mai 2025, en violation flagrante de la Constitution malienne. Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, les libertés fondamentales sont progressivement étouffées, sous couvert de lutte contre le terrorisme.

Condamnation des exactions des groupes armés et appel à la communauté internationale

Les attaques des 25 et 26 avril, revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA), ont fait de nombreuses victimes parmi les civils et les forces de sécurité. Ces groupes sont également responsables de graves violations des droits humains et du droit international humanitaire, notamment dans les villages de Kori-kori et Gomossogou (région de Bandiagara), où des attaques contre des populations civiles ont eu lieu le 6 mai.

Face à cette escalade de violence, la FIDH réitère son appel à toutes les parties prenantes pour qu’elles respectent les droits humains et le droit international humanitaire. Elle exhorte la communauté internationale à renforcer son action en faveur de solutions durables pour la crise sécuritaire et politique au Sahel, afin de protéger les populations civiles prises au piège entre les groupes armés et les forces armées maliennes.

Appel à l’action immédiate des autorités maliennes

La FIDH exige des autorités maliennes qu’elles mettent un terme immédiat aux disparitions forcées, aux détentions arbitraires et aux intimidations envers les voix dissidentes. Elle demande également l’ouverture d’enquêtes impartiales sur les appels publics à la violence et les menaces diffusées en ligne, afin de rétablir un climat de confiance et de respecter les engagements constitutionnels du pays.